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Le soutien de Macron à l’alternance sonne le glas pour le régime Condé

Le président Macron a dit non à la continuité avec Condé en Guinée. Toutefois, rien n’indique que le système de prédation en place est prêt à lâcher le morceau si la France ne dépasse pas le stade des déclarations de principe pour voler illico presto au secours de l’alternance démocratique en péril.

Dans une interview à Jeune Afrique parue vendredi 20 novembre 2020 et largement relayée par l’Agence France Presse (Afp), le président français a officiellement dit son opposition à la continuité avec Alpha Condé qui s’est offert un 3e mandat consécutif à la tête de la Guinée lors du scrutin présidentiel du 18 octobre. Si les partisans de l’alternance sont aux anges, c’est que ce soutien à la marche non-stop de la démocratie revigore plus d’un militant, sympathisant et alliés du camp de Cellou Dalein Diallo considéré comme le véritable vainqueur de l’élection de cette année. Toutefois, rien n’indique que le système de prédation en place depuis maintenant une décennie est prêt à lâcher le morceau et laisser la vérité des urnes triompher après que la Cour constitutionnelle ait fait déclarer élu le président-candidat.

Mea culpa

Avec le soutien de son système, Alpha Condé a déroulé deux quinquennats acquis au nom de la vérité des urnes. Dans la réalité, l’ancien opposant historique a toujours échoué à battre son principal challenger électoral Cellou Dalein Diallo. Sur le terrain de la bonne gouvernance, son bilan décennal est enlaidi par le tableau sombre de la gestion des droits et libertés fondamentales et aussi par la prédation de deniers publics et des ressources minières, l’appropriation par les membres de son gouvernement et de sa galaxie présidentielle du domaine public maritime et le règne des marchés de gré à gré. A tout point de vue, sa méthode n’a pas fait recette. Dans son discours favori contre la corruption qu’il affirme être l’apanage des anciens dignitaires du régime Conté et de ses «cadres les plus malhonnêtes », Condé a su formuler une longue liste de promesses sans jamais se donner le temps et les moyens de les réaliser.

C’est donc ses multiples promesses non tenues qui confortent ses concurrents politiques dans leur position et donne des tonnes d’arguments à ses nombreux détracteurs qui ont fini par le surnommer ‘‘Papa-promesses’’. Au sortir des dernières élections, Condé a fait son mea culpa (au micro de RFI qui l’interviewait le 14 novembre 2020), en ces termes: «Je veux maintenant que l’on gouverne pour le peuple. J’estime que je n’ai pas réussi ce que je voulais, c’est-à-dire transformer les conditions de vie des femmes et des hommes, à cause des cadres. Je serai impitoyable. Cela veut dire que je ne tolérerai plus ni corruption ni copinage ni népotisme. Mon objectif, ce sont les routes et l’amélioration des conditions de vie des populations, particulièrement des femmes, des jeunes et des gens de la campagne. Il ne s’agit plus que l’argent soit utilisé par les cadres mais que l’argent serve les populations.»

Macron lave blanc

A l’analyse, seuls les inconditionnels de Condé vont désormais croire en ses promesses. Les autres, ceux de l’opposition et les observateurs avertis, connaissent la chanson. Depuis la France, le président Emmanuel Macron trouve lui aussi que « la situation est grave en Guinée pour sa jeunesse, pour sa vitalité démocratique et pour son avancée», après que le président Alpha Condé ait « organisé un référendum et un changement de la pouvoir garder le pouvoir ». Tout laisse croire que le président Emmanuel Macron espérait que « le président Condé (qui) a une carrière d’opposant qui aurait justifié qu’il organise de lui-même une bonne alternance » , fasse preuve de sagesse et se crée une porte de sortie honorable après ses dix ans de gestion alambiquée. Ne l’ayant pas fait, Condé a montré ses limites.

Il a fait le choix de narguer le principal partenaire de la Guinée qui, en toute responsabilité, ne pouvait se permettre de le féliciter pour son 3e mandat. Si cette position affichée et sans équivoque de Macron et de la Patrie des droits de l’Homme reste en l’état, sans évoluer en faveur de son régime qui foule au pied le principe de l’alternance démocratique, Condé ne sera plus en mesure de compter sur la France et ses alliés occidentaux pour légitimer sa forfaiture lors de son investiture prévue avant la fin de l’année.

Par Diallo Alpha

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