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Guinée : Reporters sans frontières réclame la libération du journaliste Ibrahima Sadio Bah

Reporter sans frontière (RSF) réclame la libération immédiate du journaliste sportif Ibrahima Sadio Bah emprisonné depuis le jeudi 4 février dernier à la Maison centrale de Conakry. Il a été condamné par le Tribunal de première instance de Dixinn à six mois de prison ferme et au paiement de 500 000 francs guinéens (environ 40 euros) pour « diffamation, injures publiques et dénonciation calomnieuse » à l’encontre du président de la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT), Mamadou Antonio Souaré.

L’emprisonnement du journaliste Ibrahima Sadio Bah ne laisse pas indifférent l’Organisation internationale de défense des droits des journalistes, Reporter sans frontière (RSF). Elle demande sa libération « immédiate et sans condition ». « Nous demandons la libération immédiate et sans condition du journaliste et exhortons les autorités à se conformer au strict respect des dispositions de la loi sur les médias », a déclaré le directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, Assane Diagne.

L’organisation internationale dénonce la violation de l’article L002 sur la liberté de la presse en Guinée qui dépénalise les délits de presse. « Sur la forme, il y a un contournement manifeste et illégal de la loi sur la presse qui avait consacré la fin des peines privatives de liberté pour de simples délits de presse comme l’a d’ailleurs récemment rappelé le ministre de la Justice. Sur le fond, rien dans les écrits de ce journaliste ne saurait justifier une quelconque peine de prison », dénonce-t-elle.

Le journaliste a été condamné pour un article sur le site Guinee7.com relatant des accusations de corruption d’un candidat malheureux contre le vainqueur de l’élection à la présidence de la Feguifoot. Lors du procès, le procureur avait requis la relaxe du prévenu pour délit non constitué. Malgré tout, le juge Alphonse Charles Wright a estimé que le journaliste est coupable de diffamation, injures publiques, et dénonciation calomnieuse. Après l’annonce du verdict, le journaliste, qui comparaissait libre, a été mis aux arrêts et conduit à la prison civile de Conakry.

La loi sur la liberté de la presse en question

Son avocat Me Salifou Béavogui a déploré cette condamnation et a promis de faire appel : « J’ai accueilli cette décision avec beaucoup de déception et de surprise. […] Alors que le parquet avait relevé que dans cette affaire, il n’y a pas d’infraction, et avait requis la relaxe pure et simple. La défense également a abondé dans le même sens. Mais hélas, le tribunal est passé outre. Voilà un autre innocent qui prend la direction de la prison civile. Ce que je peux maintenant, à l’instant, c’est de relever appel et souhaiter que cette décision soit infirmée en appel », avait-il confié.

En Guinée, les journalistes sont constamment convoqués devant les tribunaux pour des faits de diffamation alors que les délits de presse sont dépénalisés par la loi L002 portant sur la liberté de la presse. Mais pour contourner cette loi, les magistrats « zélés » utilisent la loi L037 sur la cyber sécurité et la protection des données à caractère personnel du code pénal pour condamner les journalistes. Une pratique qui a toujours été dénoncée par les différentes associations de presse en Guinée.

En janvier dernier, le ministre de la Justice Mory Doumbouya a reconnu lui-même au cours d’une rencontre avec les associations de presse, qu’en République de Guinée, « la seule loi applicable en matière de délit de presse, c’est la loi sur la liberté de presse qui est celle de la loi L002 ».

Alpha Condé fustige les journalistes français

Présidant la cérémonie de lancement du Forum de l’investissement en Guinée, le mercredi 24 février, dernier, le président guinéen a fustigé les journalistes français. « Les journalistes français ne respectent pas les Chefs d’Etat africains. Moi, je n’accepte pas qu’on ne me respecte pas. On doit se comporter avec moi comme avec le président français. Ce que tu ne peux pas faire au président français, tu ne le feras pas avec moi. C’est pourquoi RFI et France 24 racontent ce qu’ils veulent », a-t-il déclaré, ajoutant que la vérité triomphera un jour, soulignant que « le mensonge peut aller vite mais il est toujours rattrapé par la vérité. La véritable image de la Guinée finira par être connue. La victoire a plusieurs pères, mais la défaite est orpheline. »

Sur Twitter, la réplique ne s’est pas faite attendre. L’ancienne directrice de RFI, Génévieve Goëtzinger a tenu à répondre à Alpha Condé :« La différence entre vous et un président français, c’est qu’un président français respecte sa Constitution et n’envisagerait pas un instant de la violer pour s’arroger un troisième mandat. La différence entre vous c’est aussi qu’un président français respecte la liberté de la presse ».

A ce jour, la Guinée occupe la 110e place dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse. La Guinée a perdu trois places par rapport au classement de l’année 2019. De la 107e place, la Guinée se trouve en 2020 à la 110e, derrière la Côte d’Ivoire (68e place) et le Sénégal (47e).

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