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Guinée: un processus électoral, sans aucune source de légitimité.

Le professeur Alpha Condé est arrivé au pouvoir en 2010 dans un contexte de crise politique sans précédent en Guinée: la mort du président Lansana Conté, suivi du coup d’état militaire et plus tard les manifestations contre les velléités du président Dadis Camara de vouloir se maintenir au pouvoir, soldées dans de circonstances inhumaines par une tuerie de plus de 150 personnes personnes le 28.09.2009 et une tentative d’assassinat du président Dadis Camara, qui fera de Sékouba Konaté le président du gouvernement de la transition en Guinée, ouvrant ainsi la voie au processus de démocratisation du système politique guinéen qui verra l’arrivée de l’opposant guinéen Alpha Condé au pouvoir.

Ainsi ce fût une élection faite dans un contexte de sortie de crise, qui a permis l’arrivée au pouvoir de nouveaux acteurs politiques, témoignant sa source de légitimité politique en Guinée. Car les légitimités d’un pouvoir politique s’articulent, se combinent le plus souvent dans des perspectives électorales, traditionnelles, idéologiques et circonstantielles. Et tout pouvoir politique démocratique devrait donc en premier lieu puiser sa légitimité dans un processus de légitimité basé sur les institutions modernes telles que les élections démocratiques, transparentes et légales.

Et la négation d’un tel processus de légitimation conduit le plus souvent à la naissance d’un pouvoir autoritaire, personnalisé comme c’est le cas du pouvoir guinéen actuel. Et c’est pour cela que le processus électoral qui est perçu comme source de légitimité électorale, est considéré par des politologes comme Robert Dahl ou Wolfgang Merkel comme une étape décisive dans les processus de transition vers la démocratie. Et c’est ainsi qu’il il est choisi dans la plupart des États comme le seul mode de transmission du pouvoir.

La Guinée se trouvant donc dans un processus de transition démocratique a aussi opté depuis 2010 pour le processus électoral transparent  comme le seul mode de transmission du pouvoir et ne devrait en aucun cas faire l’objet d’une négation de la part des tenants du pouvoir politique. Et pourtant  les élections du 22.03.20 en Guinée a prouvé le contraire, puisqu’elles n’ont été ni transparentes, ni inclusive et elles se tinrent sur fond de devisionisme, d’ethnocentrisme politique, de violence, de tueries, de pillage.

Le nouveau pouvoir autocratique guinéen s’est ainsi servi du processus électoral pour biaiser et bloquer la transition démocratique, et cela dans le but de contourner les règles de jeux démocratiques, les lois de la République, en imposant un référendum sans consensus, un pouvoir hégémonique et clanique pour se pérenniser au pouvoir. Cet état de fait est non seulement illégitime mais aussi et surtout illégal.

À l’évidence l’attitude  du nouveau autocrate Alpha Condé et de son gouvernement dans la gestion de la crise actuelle guinéenne lui a ôté sa légitimité acquise en 2010, par la lutte qu’il avait mené contre les régimes oppresseurs en Guinée, puisque lui même devenu maître de l’oppression, de  l’autoritarisme, du despostime. Et ce qui nous emmene à comprendre, que la légitimité au pouvoir acquise par les urnes peut se révéler très éphémère en ce sens que l’exercice du pouvoir peut s’avérer être un facteur important de son érosion.

Ainsi à bien analyser la posture actuelle de l’autocrate guinéen et son pouvoir, il semble bien se trouver dans cette situation, et il a perdu en 9 ans à cause de son manque de leadership, son parrainage de l’ethnocentrisme politique, son oppression du peuple, son manque de réformes visibles sur le terrain, bénéfique pour le peuple et surtout en s’associant à ceux là même désignés comme responsables de la détérioration de la situation politique et économique guinéenne avant son arrivée au pouvoir; la confiance du plus grand nombre en Guinée et par conséquent la légitimité de son pouvoir.

En effet  la légitimité se définit comme « l’acceptation du caractère moralement juste et nécessaire des institutions constitutives du pouvoir [1] ». En d’autres termes, c’est « le fait qu’un pouvoir soit exercé de manière satisfaisante aux yeux du plus grand nombre [2] » ou encore, c’est « la qualité particulière reconnue à une entité sociale et politique par ses sujets et ses parties, et qui lui confère son autorité. La légitimité est le produit de conditions que sont la confiance, le consentement [3], la réciprocité [4] », ou l’existence de normes et de valeurs>>.

Et le  pouvoir du nouveau dictateur guinéen ne peut plus se vanter d’être accepté par le plus grand nombre  en Guinée, du moment où la réciprocité, la confiance, le consentement ont fait défaut dans l’exercice de son pouvoir, et surtout du moment où les élections du 22.03.20 n’ont pas été représentatives, inclusives. Il a échoué en 9 ans à faire de la légalité, la démocratie, la population guinéenne, l’enracinement de son pouvoir politique.

Quel paradoxe ? Et comment un juriste de formation peut aussi sombrer dans les turpitudes d’un pouvoir qui a tourné dos à l’essence de la la politique, la gestion de la cité, de la chose politique. Un pouvoir sans vergogne, avec les figures incarnant ce régime capable de s’accommoder à toute ignominie et énormité?

Et le plus intriguant est le fait que derrière l’image et les turpitudes de ce régime se cache une cohorte de serviteurs zélés sans aucune légitimité et qui cherchent à faire croire que le combat de l’opposition élargie contre le coup d’état constitutionnel du 22.03.20 est perdu d’avance et qu’ils sortent vainqueurs et pourtant non et non.

Et cela même si, au lendemain de ce coup d’état constitutionnel, ils continuent encore à s’engouffrer dans un décalage de langage habituel à l’encontre des opposants à leur projet de tripatouillage constitutionnel, et que dans cette démarche habituelle aucun geste n’est laissé dans l’ombre, car tout est prétexte pour reconstruire sa popularité, et imposer l’image de l’homme incontournable, voire providentiel.

En effet, le nouveau dictateur reste fidèle à sa démarche et ainsi tenant à son image à l’international et surtout avec ses mises en scènes où il aime se faire passer en panafricaniste, souverainiste, progressiste et réformateur, tantôt parlant des droits de la femme, tantôt tenant des discours à l’image de l’ancien dictateur Ahmed Sékou Touré démontre plutôt les faiblesses d’un homme au pouvoir narcissique avec un cœur carbonisé, qui en 9 ans n’a pas pu réconcilier les guinéens et surtout être le président de tous les guinéens en lieu et place d’un président, d’une faction politique, d’un clan mafieux de villipendeurs des ressources minières, comme des dealers.

Sauf qu’après la tenue des élections du 22.03.20, cette image avec l’aide de sa cohorte de serviteurs plus zélés que vertueux, comme l’actuel Ministre de la défense Mamadi Diané, le gouverneur de la région de Labé et Alias Damaro demeure désormais écornée. Il est perçu aujourd’hui comme le nouveau dictateur guinéen qui fait la honte de l’Afrique et du peuple guinéen.

Grâce à leurs manœuvres dilatoires, ils ont donné à la force des sans pouvoir comme la jeunesse de l’axe de la démocratie, et tant d’autres dans ce pays qui dénoncent non seulement les mensonges et les turpitudes de ce pouvoir guinéen, la clé d’un trésor qu’il faut méditer et garder soigneusement: “la force des sans pouvoir et avec laquelle le nombre de personnes intègres, vertueux qui osent crier une parole de vérité et la mettre en acte devient de plus en plus significatif”. Et ceci demeure l’œuvre des défenseurs des acquis démocratiques en Guinée et en première ligne la jeunesse de l’axe.

Donc inventer toutes sortes d’arguments fallacieux les uns que les autres, invectiver, oppresser, tuer et voire même féminiser la constitution pour tenter de détourner l’attention de vos tripitudes, ne heurtéront en rien le cours du changement actuel en Guinée.

Brûler les biens de la population, l’oppresser, la tuer, la mépriser sur fond d’ethnocentrisme politique ne fera que mettre en lumière combien de fois, votre gouvernement n’est point honorable, et surtout l’ineptie de votre approche politique basée sur un pouvoir politique, sans confiance, légalité et légitimité.

Par Aissatou Chérif Baldé

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