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Interview-plaidoyer d’Aliou Barry, leader du mouvement Réveil : « En Guinée, il faut en finir avec le système civilo-mafieux »

Consultant international sur les questions de défense et de sécurité, Aliou Barry a dirigé l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH) en 2010 avant de prendre les rênes du mouvement Réveil, créé en juillet dernier et se réclamant de la société civile.

Il pose ici un diagnostic sans complaisance du système civilo-mafieux qui tient le pays  depuis 1958. Et évoque la question de l’éventuel 3e mandat, l’affaire des assassinats ciblés et le dossier des élections législatives annoncées le 16 février 2020 alors que les résultats des municipales organisées le 4 février 2018 n’ont pas encore permis de renouveler les dirigeants des quartiers à plus forte raison mettre en place les conseils régionaux. Exclusif.

 

 

 

Le Populaire: Il y a quelques mois vous lanciez le mouvement intitulé : Réveil. Qu’est-ce que c’est, et quelles sont les actions sur le terrain?

Aliou Barry: Le mouvement Réveil est une initiative née de guinéens de la diaspora et de l’intérieur du pays soucieux du devenir de la Guinée par le biais d’un renouvellement de la pratique politique.  On s’est aperçu qu’il ne suffit pas juste de s’opposer à un changement de Constitution. Il faut œuvrer plutôt à une alternance. L’alternance, dans le sens d’un changement de système de gouvernance politique, ce qui est à l’op-posé d’une alternance souvent pratiquée en Guinée qui se résume par un simple changement des équipes au pouvoir. Le Réveil est donc lancé dans ce cadre. On est en train de voir sur le terrain comment s’asso-cier avec d’autres organisations qui poursuivent le même objectif, notamment le Mouvement pour l’alternance en Guinée (MAG) pour en finir avec le système en place.

 

Quel type d’alternance préconisez-vous ?

En Guinée, on se refuse de lire le livre de notre histoire politique sinon on se rendrait compte que depuis 1958 c’est le même système politique qui est en place. Je ne vais pas refaire l’histoire. Je vais juste rappeler qu’en 1958, Sékou Touré a pris le pouvoir et fondé le parti unique, le PDG-RDA qui a broyé toute l’élite guinéenne et qui a conduit ce pays dans l’abîme, dont les conséquences sont encore visibles. A sa mort en 1984, il y a eu Lansana Conté qui, lui-même, était du système. Donc, il n’a fait que prendre la place de Sékou Touré. A sa mort en 2008, le capitaine Moussa Dadis Camara a pris les rênes du bateau Guinée, dont le résultat le plus visible a été le massacre du 28 septembre 2009. Ensuite, le général Sékouba Konaté est venu et par le biais d’un holdup up électoral, M. Alpha est arrivé au pouvoir. Bref, on change les hommes et le système perdure. Toujours les mêmes gens. C’est dire qu’on a fait que changer la couleur de la sauce, mais le système est resté. Dès lors, nous sommes arrivés à ce constat, celui de changer le système.

 

Comment ?

Je peux faire référence par exemple à ce qui se passe en Algérie aujourd’hui. Les Algériens ont obtenu le départ d’Abdelaziz Bouteflika, mais ils ont vite compris que le seul départ de Bouteflika ne mettra pas fin au système militaro-civil mis en place depuis 1962 et qui a conduit le pays dans l’impasse politique et économique. Dès lors, ils ont continué la lutte afin de mettre à terre ce système. En Guinée, on a un système civilo-mafieux. Vous changez Alpha Condé et vous mettez n’importe qui à la place vous obtiendrez le même résultat à savoir : la corruption dans une mal gouvernance endémique. L’objectif du mouvement Réveil, c’est d’œuvrer avec d’autres dans ce sens, pour une vraie alternance. Pas un changement d’hommes, pas un changement de fauteuil, mais un changement de système politique.

 

Aujourd’hui, tous les leaders politiques en vue sont des anciens Premiers ministres. Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo et Lansana Kouyaté, sans leur jeter la pierre, ils ont tous appartenu à un système. Qu’en dites-vous?

Dès lors, une seule question vaut d’être posée, celle de leur capacité et volonté à œuvrer pour un changement total de système. Leur expérience devrait les y aider mais comme disait Winston Churchill, la qualité d’un homme d’Etat se mesure à la qualité de son entourage. Je reste persuadé, vu le système qui gangrène la vie politique guinéenne, qu’on mette n’importe qui à la tête de l’Etat aujourd’hui, le système prendra le dessus. Personnellement, je ne suis pas contre une révision constitutionnelle, par contre, je suis opposé à toute modification qui toucherait les articles relatifs à la limitation des mandats. Car, ce pays a besoin de bol d’air politique. En termes de révision constitutionnelle, on peut envisager de mettre dans la Constitution un vrai organe technique chargé du processus électoral composé de gens intègres et de bonne moralité pour en finir avec cette CENI inféodée à l’Exécutif. Aussi, pourrait-on envisager d’inscrire un jour dans la Constitution les courants de pensée idéologiques pour  sortir de ce paysage politique fait de partis politiques à base régionaliste. Ainsi, on peut prévoir dans la future Constitution des courants de pensée de type libéral, social-démocrate ou pdgiste, etc. Dès lors, ceux qui se réclament du socialisme ou du libéralisme ou du pdgisme présenteront un candidat. Une primaire dans chaque courant de pensée viendra départager les protagonistes comme se fait ailleurs.

 

Selon vous, pourquoi Alpha Condé veut changer la Constitution ?

Ce n’est pas uniquement pour se maintenir au pouvoir qu’il envisage cette éventualité, mais c’est surtout pour protéger ses arrières. Depuis son accession au pouvoir en 2010, il a mis en place un système mafieux et prédateur. Aujourd’hui, il se pose la question comment quitter le pouvoir tout en sécurisant ses arrières. On a beau changer les hommes, si on ne change pas le système, ça ne marchera pas. C’est pourquoi, je m’adresse souvent aux jeunes guinéens qui sont sans emplois pour leur dire que c’est leur avenir qui est en jeu. Il faudra arrêter de courir derrière un homme, il faut faire en sorte que les gens qui aspirent un jour à gouverner ce pays, aient un programme politique de développement. Aujourd’hui, il y a le FNDC que je soutiens sans arrière-pensée. Mais si demain, on obtient qu’Alpha Condé ne change pas la Constitution et qu’il dise qu’il organise les élections et se retire du pouvoir, est-ce qu’on aura une vraie alternance avec un changement de gouvernance ? J’en doute fort. Surtout quand on sait que la CENI est un organe de tripatouillage électoral. J’étais observateur électoral en République démocratique du Congo en décembre 2018. Aujourd’hui, toute la communauté internationale s’est réjouie de cette alternance en RDC car, M. Joseph Kabila a quitté, il y a eu une alternance. Mais d’une alternance qui ne dit pas son nom. En RDC, le parti de M. Kabila est majoritaire aussi bien à l’Assemblée nationale, dans le gouvernement, que dans les gouvernorats. M. Alpha Condé peut bien s’inspirer de ce schéma congolais en organisant des élections tripatouillées pour avoir la majorité absolue avec le recensement actuel qui lui permettra de continuer à présider aux destinées du pays sans être aux commandes du navire Guinée. Les guinéens auront eu droit à une alternance sans alternance. C’est pourquoi, il est impératif de trouver des voies et moyens pour met-tre fin à ce système qui a plongé ce pays dans un tel chaos.

 

Quelle démarche envisagez-vous?

Je suis politologue et simple leader d’opinion. Je suis ravi d’ailleurs depuis que je commence à réinvestir les médias, l’opinion publique commence à se rendre compte qu’il ne faut pas aller aux élections. Je ne dis pas que c’est uniquement de mon fait. A mon avis, je suis en train de travailler en informant les jeunes pas uniquement de l’Axe (Bambéto-Cosa, à Conakry. Ndlr) pour les informer et les sensibiliser sur l’opportunité et la nécessité de se battre pour mettre à bas ce système de mal gouvernance. C’est pourquoi, je salue l’initiative de la mise sur pied du Mouvement pour l’alternance en Guinée (MAG). Animés par des jeunes qui ont compris la nécessité d’une vraie alternance au-delà d’une lutte contre toute modification constitutionnelle. L’objectif, ce n’est pas uniquement le départ d’Alpha Condé, c’est la lutte afin que ce système politique mis en place depuis 1958 change. Car, sans ce changement de système politique, le pays est condamné au chaos.

 

Est-ce qu’on peut encore trouver parmi les acteurs politiques et sociaux des cadres qui ne soient moulés par le système ?

Le drame de ce pays ce qu’aussi bien à la Société civile qu’au sein des partis politiques, vous avez peu de gens de convictions politiques affirmées. Pas plus tard qu’aujourd’hui, de jeunes me parlaient de Mouctar Diallo qui haranguait les foules et traitait Alpha Condé de tous les noms d’oiseaux et d’Aboubacar Sylla qui, hier, était porte-parole de l’opposition et aujourd’hui porte-parole du gouvernement. Il y a des jeunes qui, déboussolés, me disent «nous, on n’en peut plus. On n’a plus confiance à ces gens-là ». C’est normal parce qu’on n’arrive pas à trouver dans ce pays, un personnel politique de convictions politiques affirmées.

C’est-à-dire des politiques animés par une faculté de servir et non de se servir. Au mois de novembre dernier, j’étais au Forum international de la paix à Dakar, assis juste à côté d’une journaliste sud-africaine, qui, au cours de notre entretien, en déclinant mon identité guinéenne, m’interpelle sur le fait que le président guinéen se réclame de l’héritage de Nelson Mandela. Sur un ton dubitatif, elle me dit « nous Africains du sud, sommes choqués que le président guinéen M. Alpha Condé s’identifie à Mandela dans le cadre politique». Sur ce, je lui demande pourquoi. Avec une assurance, elle répond : « la différence fondamentale entre Alpha Condé et Mandela, c’est qu’Alpha Condé est un politicien qui ne pense qu’aux élections et que Madiba a été un politique dans le sens noble du terme, c’est-à-dire un homme d’Etat ». Pour preuve, elle me dit : « M. Mandela a fait 27 ans de prison. A sa libération, il avait tout loisir de mettre tous les Sud-africains blancs dehors, et personne n’aurait rien à dire et, dans le monde entier ». Et, poursuivant son argumentaire, elle me rappelle que M. Robert Mugabé l’avait fait au Zimbabwe avec les conséquences que l’on sait. «Par son parcours, dit-elle, M. Mandela pouvait s’éterniser au pouvoir jusqu’à sa mort et la Communauté internationale ne saurait y trouver un inconvénient». «Mais, ajoute-t-elle, en Afrique du Sud, on a eu la chance de tomber sur un homme d’Etat qui a fait 27 ans de prison, mais qui a décidé de réconcilier la minorité blanche et la majorité noire pour le bien-être de l’Afrique du Sud». Pour preuve, elle me dit que la première démarche de Nelson Mandela, quand il a été élu président de la République, c’est d’aller saluer la veuve du Premier ministre Hendrik Verwoerd, celui-là même qui l’a mis en prison, en lui donnant la garantie qu’elle et la minorité blanche n’ont rien à craindre de l’arrivée au pouvoir de l’ANC en Afrique du Sud. Dès lors, comment M. Alpha Condé peut-il avoir le culot de se comparer à un tel homme d’Etat ? Elle me dit : « dans votre pays, la Guinée, un monsieur qui arrive au pouvoir en 2010 dans des conditions contestables qui prône l’ethnocentrisme à tout bout de champ et traite les anciens Premiers ministres des bandits, peut-il se comparer à Mandela ? » Pour elle, et pour les Sud-africains « c’est une insulte à la mémoire de Madiba ».

 

Que faut-il faire pour qu’il y ait une rupture?

Il faut qu’il y ait une révolution dans le sens profond du terme dans ce pays, c’est-à-dire un changement radical de système de gouvernance.

 

Qu’est-ce que vous voulez dire réellement ?

D’abord, la Guinée est un pays qui n’a jamais voulu ouvrir et lire le livre de son histoire. Sinon, comment expliquer, que les Forces de l’ordre tuent les gens à chaque manifestation ? Pourquoi en Guinée, il n’y a pas le respect de la personne humaine ? L’histoire démontre que de Sékou Toure à Alpha Condé, ceux qui dirigent ce pays n’ont eu aucun souci pour la personne humaine. C’est pourquoi, j’ai dit qu’il faut une révolution c’est-à-dire qu’on change ce système et qu’on mette en place un système porté par de gens, non seulement qui croient au bonheur des guinéens, mais qui ont du respect pour la personne humaine. Depuis 1958 à nos jours, c’est le règne de l’impunité. Moi-même, j’en ai été victime. La justice est inexistante en Guinée. Sous le règne d’Alpha Condé, M. Alpha Ibrahima Keira a été promu ministre de la Sécurité, celui-là même qui a mis le pays à feu et à sang au temps de Lansana Conté. Pire, vous avez aujourd’hui de gens qui ont été auteurs des événements du 28 septembre 2009 qui occupent des postes de responsabilités au niveau gouvernemental, de la police et de la gendarmerie. Comment voulez-vous, dans un tel contexte que l’impunité soit jugulée ?

 

Le système est bien ancré. Est-ce qu’on peut faire la rupture avec une révolution pacifique ?

Une révolution ne peut pas être pacifique. Regardez ce qui se passe en Algérie aujourd’hui. Il faut quand même que les guinéens ouvrent les yeux pour voir ce qui se passe ailleurs. Les algériens sont dans la rue pour contester un système militaro-mafieux mis en place depuis les années 62. Ils ont obtenu le départ de Bouteflika qui, lui-même, voulait être candidat malgré son incapacité physique et intellectuelle. Pour les algériens, le seul combat qui vaille, c’est un changement total du système. C’est la même chose en Guinée. Alpha est au pouvoir depuis 2010. On exploite la bauxite. Allez à Boké, à Boffa, dans les zones minières! Vous y verrez les plus grandes poches de pauvreté. Où vont les recettes de l’exploitation de la bauxite ? Ce qui est plus choquant, les guinéens se contentent que SMB qui exploite la bauxite construit une école, fait de dons aux villages, mais c’est un dû pour les populations. Les recettes issues de la bauxite ce n’est pas un don. Je suis choqué quand je vois SMB dire qu’on a construit une école ou fait de dons à un village, mais c’est leurs terres, leurs richesses, malheureusement captées par une clique mafieuse.

 

Pensez-vous qu’il va y avoir alternance en 2020 ?

Ça dépendant de ce que vous appelez alternance. Bongo le disait, «il faut être idiot en Afrique de penser qu’on peut organiser des élections et les perdre ». Alpha Condé a tiré les leçons des communales où ils ont mis de l’argent, mais ils n’ont obtenu pratiquement aucune mairie (à Conakry. Ndlr). Dans de nombreux pays africains notamment francophones, si vous avez les chefs des quartiers, les chefs des secteurs, les mairies,  à vos ordres, vous êtes sûrs d’avoir la majorité. Pourquoi le gouvernement ne clôture pas les élections communales parce qu’il sait qu’il a perdu les chefs des secteurs et des quartiers dans toutes les communes. Comment un parti d’opposition responsable peut s’engager à aller à une élection législative alors que l’élection communale à laquelle il a participé n’est pas finie ? C’est quand même bizarre qu’on vous convoque à une élection alors que l’élection précédente n’est pas finie. Dans ce contexte, je reste persuadé que si Alpha Condé organise des élections, il aura la majorité absolue.

 

N’y a-t-il pas un risque à organiser des élections dans ce contexte ?

Ceux qu’on appelle la Communauté internationale, que moi j’appelle la Communauté des puissances, ont fait savoir à M. Alpha Condé, qu’ils n’accepteront jamais qu’il modifie la Constitution pour s’octroyer un 3e mandat. Les dirigeants de ces pays, qui lui ont permis de rester au pouvoir malgré le hold-up, lui demandent aujourd’hui, d’organiser des élections et de passer la main. Le seul hic, il sait que ces pays ne se seront pas regardant sur le mode et la fiabilité du scrutin qui va être organisé. Pour M. Alpha Condé, l’exemple de Joseph Kabila en RDC est un exemple auquel il peut s’inspirer. Si aujourd’hui, Alpha Condé organise des élections pour laisser la gestion du pays entre les mains de ses affidés, on dira qu’il a assuré une alternance. Le reste, c’est une cuisine intérieure. A mon humble avis, c’est ce schéma qui est en vue. Car, il a compris qu’il ne peut pas obtenir un 3e mandat, vu la levée de bouclier de la population. Il n’a prévu ni le FNDC, ni la révolte qui gronde contre ce projet de nouvelle constitution. C’est pourquoi, sa priorité ce sont les élections législatives. On va enrôler le maximum de mineurs dans les bastions de la mouvance pour se tailler le fichier électoral sur mesure. Tandis qu’ailleurs, les machines sont en panne. Le coup KO qu’il avait fait en 2015 peut se répé-ter en 2020. Actuellement, tous les députés de la mouvance sont à l’intérieur du pays pour battre campagne alors qu’entre temps, les députés de l’opposition siègent à l’Assemblée.

 

Cela compromet d’ailleurs l’examen de la Loi des finances initiales 2020…

Dans un pays comme la Guinée, quel est rôle d’une Assemblée nationale ? Même dans les pays à démocratie avancée comme la France où le pouvoir Exécutif est fort, l’Assemblée joue un rôle minime à plus forte raison dans une République à l’Alpha Condé. En Guinée, aucun citoyen ne connaît Claude Kory Kondiano, président de l’assemblée car, c’est une marionnette. Il ne représente rien.

 

A défaut d’un 3e mandat, ne pensez-vous pas qu’Alpha Condé ait déjà obtenu un glissement au-delà de 2020 ?

C’est tellement évident pour moi qu’Alpha Condé cherche un glissement. Contrairement aux autres, Alpha Condé est un politicien qui ne vit que de politique politicienne. Il n’est pas un homme d’Etat, il n’est qu’un politicien qui ne pense qu’élections. Depuis qu’il est élu en 2010, il n’a jamais respecté un agenda électoral. C’est la preuve que ce monsieur a une visée purement électoraliste pour 2020. En 2018, il a prolongé le mandat des députés. C’est en Guinée seulement où on peut assister à ce genre de stratagème politique. Dans un pays normal, on ne peut envisager un prolongement du mandat des députés par un décret présidentiel. Au regard de cette situation, tout parti politique responsable ne devrait pas reconnaître la légitimité du pouvoir de M. Alpha Condé. Il est illégitime et illégal depuis des nombreuses années. Si ce n’est pas pour des intérêts pécuniaires, je ne vois pas l’intérêt de la présence des députés de l’opposition guinéenne à l’Assemblée.

 

Pensez-vous que les législatives vont avoir lieu le 16 février 2020 ?

Je suis persuadé qu’il n’y aura pas d’élections législatives même en février parce qu’Alpha Condé a les cartes en main. Il a la CENI, le pouvoir politique, le pouvoir financier, le pouvoir militaire. Il organisera des élections que pour les gagner. Quand il va s’apercevoir qu’il ne peut pas les gagner, il n’organisera pas d’élection.

 

L’opposition a dénoncé l’enrôlement de mineurs en Haute Guinée et a demandé l’arrêt des opérations de recensements des électeurs. Quel est votre avis ?

Depuis 2010 quand je dirigeais l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH), on a fait un rapport sur ce phénomène. Le Rpg a toujours enrôlé de mineurs dans ses fiefs. Vous mettrez Ufdg ou Ufr demain au pouvoir, la CENI sera sous leurs ordres. C’est ça le problème. C’est pourquoi, j’ai dit qu’il faut changer le système. Parce que le fonctionnaire guinéen a une culture de soumission. Il n’est pas recruté par compétence, mais sur la base ethnique et politique. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de fonctionnaires compétents, mais dans l’administration guinéenne, aucun fonctionnaire n’est compétent dans son poste parce que toutes les nominations sont faites à caractère amical, ethnique ou subjectif. Le type qui veut gouverner la Guinée aujourd’hui, la première chose qu’il doit faire c’est de remettre à plat l’administration et de faire un recrutement et une formation pour mettre en place une vraie administration.

 

A votre avis, l’opposition doit-elle ou non participer aux législatives ? 

A mon avis, l’opposition a un seul mot d’ordre : c’est de demander qu’Alpha Condé termine son mandat et qu’il quitte le pouvoir. Je pense qu’il faut même surseoir à tout ce qui est élection jusqu’au départ d’Alpha Condé, parce que s’il organise ces élections c’est pour les gagner. Et cela va entrainer une instabilité dans le pays. Il n’y a aucun investisseur sérieux dans ce pays depuis 2 ans.

 

Les victimes des manifestations politiques sont issues d’une communauté. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il ne faut pas se voiler la face. Moi-même, j’ai été victime entre les deux tours de 2010, pas parce que j’étais activiste des droits de l’homme, mais parce que j’étais Peul. A l’époque, je me souviens, j’avais dit, il faut nommer les maux. Il y a eu des manifestations ces dernières semaines en Guinée dans tous les pays et notamment à Conakry, il y en a eu à Matam, mais c’est dans une seule zone où des gens ont été assassinés à bout portant. Ils ont été assassinés parce qu’ils sont Peuls, il faut oser le dire. Il y a de gens non peuls qui le disent. On ne peut pas soigner le mal si on ne le nomme pas. Tout le monde sait que les assassinats ciblent uniquement l’ethnie Peule.

 

Réalisée par

Abdoul Malick Diallo

 

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