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La Guinée, un pays sans Etat, une population sans espoir ? (par Aissatou Cherif Baldé)

Depuis les élections présidentielles de 2010, la Guinée vit un cycle de violence inédit où
opposition et mouvance s’accusent mutuellement d’être à la base de la tragédie et l’instabilité
politique que vit ce pays depuis l’arrivée de Alpha Condé au pouvoir.

Et pourtant la population guinéenne vouait l’arrivée de Alpha Condé à la tête de l’Etat guinéen
(si Etat y’en a), un avenir prometteur, puisque faisant partie de cette classe politique guinéenne
qui a œuvré à l’instauration d’un système démocratique en Guinée. Mais cet espoir s'est
estompé peu à peu, laissant place à un désespoir total de la population et surtout la couche
juvénile qui se trouve aujourd’hui confrontée à toute sorte de maux (chômage, violence,
manque d’éducation ….) d’une nation sans Etat. La population guinéenne voit s’agiter les élites
politique alors que sur le terrain, leur vie n’a pas changé.

En effet, les routes goudronnées, les écoles ou les hôpitaux sont toujours aussi rares dans le
pays. Certaines régions de la Guinée vivent en marge de tout progrès.
Pourtant, avec un nombre record de ministres et sans compter le garage présidentiel, c'est à
dire le dépotoir de tous les ministres débarqués, de partis politiques pour une population
d’environ 10 Millions d’habitants, les dirigeants ne manquent pas.

Mais la Guinée manque pourtant de tout et est gangrenée par la corruption, l’ethnocentrisme, le
népotisme, le clientélisme. On y trouve partout des loups affamés et de charognards
depeceuses de carcasses, ainsi « Chacun veut sa part du gâteau ». Donc Il est en effet évident
que les ambitions personnelles l’emportent sur le souci d’édifier un État stable, démocratique,
progressiste, juste dans la continuité et de répondre aux besoins de la population.

Et dans ce pays fort de plusieurs peuples différents, où l’identité ethnique prime encore sur
l’identité nationale, tout incident peut déboucher sur des violences interethniques. Mais
mouvance et opposition n’y prêtent point attention, puisque issues tous de cette génération qui
depuis plus de 61ans ans pillent le pays, pratiquent la politique du ventre pour instaurer un
système de client-patron entre eux et leurs militant, qui par manque de culture politique,
d’identité nationale commune forte et d’éducation, n’a d’autre choix que de suivre une classe
politique inefficace et irresponsable. Une classe politique habituée à des compromissions contre
nature pour avoir des postes ministériels.

À bien analyser, la Guinée est un pays où l’ordre des choses est fortement perturbé. Un
désordre, une image de la décadence que le pays vit, voulu pour désorienter et semer plus de
chaos. De la violence postélectorale en passant par la grève des syndicats, jusqu’à l’emprisonnement de Foniké Menge Sylla et tant d’autres ou de l’imam Nanfo Diaby, démontrent ici à suffisance que le choix de Alpha Condé a pris de l’eau. Il est impératif et urgent pour ce faire d’avoir une nouvelle classe politique éfficace et résponsable en Guinée qui suppose des individualités intégres et competentes en la matière.
Car il faut comprendre qu’à part quelques nominations aux postes ministériels ou de premiers
ministres, les femmes et hommes guinéens engagés, intègres, patriotes n’ont jamais eu
l’opportunité de ternir les gouvernails de ce pays même si Alpha Condé le premier président

démocratiquement élu est entrain de porter un coup de frein à l’élan démocratique, puisqu’ayant
en face de lui une opposition qui brille par son amateurisme et son inefficacité.
Un fait qui explique qu’une partie de la classe politique guinéenne ne voyant actuellement
aucune perspective d’avenir, puisque le gouvernement guinéen organise des élections qu’elles
gagnent, se rallient au pouvoir de Alpha Condé pour faire la politique du ventre. Et de fil à
aiguille, la contagion gagne et s’installe dans l’esprit et est devenue une règle, puisque tous les
ministres déchus ou militants déserteurs de Alpha deviennent tous des politiciens ou adhèrent
au parti de l’ancien chef de fil de l’opposition guinéenne. Ainsi, s’en suit l’impunité qui favorise la
corruption. Les gouvernants en Guinée deviennent alors des corrupteurs et des corrompus à la fois. Tel est
le cas aujourd’hui en Guinée. Quelle leçon et message du civisme, de moralité, d’étique et d’intégrité venant au plus haut sommet de l’État qui n’hésite pas à soudoyer à coup de million de francs guinéens pour
parvenir à ses fins ! Et après on s’étonne de la propagation de l’incivisme !

Pour éviter que l’anarchie ne s’installe en Guinée, pour sauver ce pays de ses propres démons,
il faut imperativement avoir des hommes et femmes politiques forts et engagés avec conviction
et principes, car on ne peut pas se passer d’une classe politique quelque soit la dégradation
économique et sociale du pays et quelque soit le témoignage négatif qu’ont laissé certains
responsables politiques. Favoriser l’alternance de nature à donner une bouffée d’oxygène à la classe politique en friche, avec une autre manière de faire de la politique autrement, reste à mon avis incontournable. Le Renouveau, reste donc une solution crédible pour redorer son blason et renouer confiance avec le peuple.

Il est vrai que je suis de ceux qui jettent toujours des pierres à la classe politique, tout parti
confondu. Mais ma démarche s’inscrit dans une pensée positive pour la refondation et le
renouveau de la classe politique guinéenne et travailler au renouvellement des ressources
humaines. « Faire de la politique c’est faire le choix de servir son pays et non se servir de son pays pour
des raisons égotiques et égoïstes. C’est un engagement dans un esprit de responsabilité. Un
pays ne peut pas se passer de la classe politique. Ce n’est pas une question d’hommes,
d’époque ou d’appartenance régionale, ethnique ou socio culturelle, mais un principe habité
dans un état d’esprit de service et de responsabilité »

 Aissatou Baldé Chérif
Politologue Hambourg.

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