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Le Colonel Doumbouya met fin au 3e mandat d’Alpha Condé : le coup d’Etat du CNRD validé

A tout point de vue, c’est un coup d’Etat très spécial perpétré ce dimanche 5 septembre matin contre le régime du 3e mandat d’Alpha Condé acté à l’issu du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars 2020 et de l’élection présidentiel controversé du 18 octobre dernier. Question de principe, les pays partenaires de la Guinée et les institutions internationales vont le condamner à l’unanimité et exiger le retour à l’ordre constitutionnel et au respect des principes d’un État de droit. Mais ce qui est fait est fait. Ce coup de force opéré par le colonel Mamady Doumbouya et ses cagoulés du Groupement des forces spéciales (GFS) est déjà validé au nom du principe de la nécessité.

Le peuple, seul et réel détenteur de la légitimité de l’exercice du pouvoir en démocratie, l’applaudit comme s’il était l’envoyé de Dieu, qui s’est invité au bon moment en justicier invincible dans l’arène politique avec la seule véritable mission de sauver et restaurer la vérité des urnes, ainsi que la sacralité de la vox populi.

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, commandant du GFS (Groupement des forces spéciales) et leader du CNRD (Comité national pour le rassemblement et le développement) est le chef de la junte au pouvoir depuis ce 5 septembre 2021. Il est le tombeur du régime du 3e mandat d’Alpha Condé. Il promet un gouvernement d’union pour mener la transition et rendre le pouvoir aux civils, la libération des prisonniers politiques, le démantèlement des PA (Postes armées) installés dans les bastions de l’opposition, la réouverture des sièges des partis politiques fermés par le régime Alpha Condé, le respect des conventions établies et de la Charte des Etats membres de l’ONU (Organisation des nations unies), la fin du massacre d’opposants en Guinée.

La capture

Selon les témoignages, il était lui-même sous la menace d’une interpellation imminente en raison de doute sérieux sur ses projets. Ce sont les hommes de cet ancien légionnaire français amené en 2018 en Guinée par Alpha Condé, en personne, qui ont pointé l’arme sur le palais présidentiel de Sékoutouréya tôt ce dimanche 5 septembre matin. En l’espace d’une demi-heure, l’homme du 3e mandat est localisé. Sa garde prétorienne est neutralisée.  Il est cueilli. Filmé, puis exfiltré vers une destination connue des membres du GFS et du CNRD.

A 7h 30 du matin, seuls quelques membres du personnel de l’hôtel de Kaloum, voisin du palais présidentiel, où Alpha Condé est repéré par les radars des GFS, sont surpris de la visite inopinée des Forces spéciales qui n’ont pas l’habitude de se pointer dans cet endroit hautement sécurisé pour oser s’inviter à la table du président de la république et commandant en chef des Forces armées guinéennes.

Les jeunes putschistes cagoulés mettent la main sur le président en exercice de son 3e mandat consécutif appréhendé en chemise manches longues indigo multicolore et un pantalon jeans. Ils ont l’ordre de le capturer sain et sauf. Ils respectent la consigne. Son intégrité physique n’est pas violée.

Les jeunes gens ont juste intimé l’ordre au protégé du président Russe Poutine et de son allié Turc Erdogan de se déchausser sans rouspéter, d’ôter immédiatement ses bagues de ses doigts, et son ceinturon traditionnel de ses hanches, et de se prêter à la séance de selfie-vidéo témoin de la fin de son règne.

Par la suite, Alpha Condé est embarqué à bord d’un véhicule 4×4 cortégé pour une destination secrète. Sur les réseaux sociaux, des Tweets de hautes personnalités annoncent la réussite du coup d’Etat perpétré par le chef des GFS.

Tout finit par finir.

Aux environs de 8h, le centre-ville de Conakry abritant le palais présidentiel et l’hôtel 5 étoiles de Kaloum est déjà ceint par des éléments des GFS. Des tirs de sommation célèbrent la fin des 10 ans et 7 mois de règne d’Alpha Condé. Des Bérets-rouges restés loyaux au régime Alpha Condé sont ciblées puis désarmés sur l’avenue du Commerce et dans les alentours du quartier Tombo et du Pont-des-pendus situé à l’entrée de la commune de Kaloum, le centre des affaires.

Une page se tourne. A l’invitation du nouveau chef du pays, des journalistes se mobilisent autour de l’entrée principale de la RTG-Koloma où il confirme avoir déposé le président Alpha Condé. La nouvelle de la chute du président Condé est confirmée dans les médias d’Etat.

Dans le centre-ville de Kaloum, les tirs à l’arme automatique se poursuivent jusque tard dans l’après-midi. Au fur et à mesure que le temps file vers le crépuscule de ce dimanche de fin de règne, les scènes de joie bondent les rues de la banlieue de Conakry considérée comme le bastion de l’opposition.

Allégeance

Dans les casernes, les galonnés et moustachus répondent à « l’appel » du nouveau commandant en chef. Sur la liste du jour, le haut commandant de la gendarmerie, le directeur national de la police, les chefs de l’armée de l’air, de terre, et de la marine sont parmi les dignitaires ayant fait allégeance au CNRD.

Désormais, tout est sous contrôle. Le nom du tombeur d’Alpha Condé est annoncé. Le colonel Mamady Doumbouya devient de facto le chef de l’Etat et le commandant en chef des forces armées. Fini le règne de l’opposant historique installé au pouvoir après des élections présidentielles maculées de sang de centaines de Guinéens.

Si le nouvel homme fort du pays reste cadré dans la bonne voie, à la fin du temps requis, le peuple qui l’acclame appréciera. Mais étant connu que dans un pays aux institutions fragiles, principalement en raison du manque de leadership comme en Guinée, le pouvoir a un parfum accordant un goût élevé pour l’autocratie, la question est de savoir s’il saura garder la tête haute dans ses interactions avec les futurs membres de l’équipe de transition et rester droit dans ses bottes pour mériter le trophée de sauveur de la transition démocratique.

Par Le Populaire

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