Afrique Politique

Lettre ouverte à la communauté musulmane de Côte d’Ivoire.

Je me nomme Hadja Diakité Mariam, musulmane entièrement dévouée à Allah et à l’étude du Coran. C’est avec grande surprise que j’ai vu mon premier courrier adressé au COSIM publié par la presse et repris par les réseaux sociaux. Ce n’était nullement mon intention. J’aspire avec ma famille à vivre loin des tumultes politiciens. Cependant, ma fille aînée m’a hélas convaincue de partager avec la communauté musulmane ma foi et ma modeste connaissance de l’islam. J’espère réussir ce pari. Aujourd’hui je vous ferai part d’un constat et je souhaiterais que vous puissiez vous pencher dessus, afin de pousser plus loin la réflexion.

Ma fille ne m’aurait pas demandé de prendre ma plume aujourd’hui, si elle ne percevait à l’horizon et moi avec, des signes dangereux pour la Côte d’Ivoire. Tout est parti d’un imam, un certain Hamidou Berthé et de son dernier prêche diffusé sur les réseaux sociaux. Les propos sont si gravissimes que je m’interroge tristement. Est-il seul et le seul à invectiver ainsi les fidèles d’une autre communauté religieuse notamment, les chrétiens? N’est-ce pas un appel à l’insurrection, au djihad ? Où obéissait-il a un mot d’ordre du COSIM? (1)

A l’écouter j’ai eu des frissons de frayeur car, cela est un mauvais présage pour la Côte d’Ivoire. Dans ma culture africaine et musulmane, on dit souvent que « Allah ne parle à personne mais, il nous envoie juste des signes que nous devons savoir interpréter ».

Souvenez-vous ; dans ma première lettre ouverte, j’avais déjà fait allusion à l’usage de la religion dans la politique et à celui de la politique dans la religion. A la veille de la prochaine élection du président à vie du COSIM, il nous faudra choisir juste et bien. Il faudra choisir un homme pieux, incorruptible et apolitique car, autant il faudra dépolitiser la religion, autant il faudra complètement dépolitiser nos chers imams, afin que le COSIM retourne à ses fondamentaux religieux uniquement et nous avec.

Le constat que je fais aujourd’hui, est que le COSIM a été tellement politisé que les vrais imams et les érudits de notre religion étaient comme interdits de dire la vérité coranique, c’est-à-dire les vérités issues du Coran et rien que du Coran. Hélas distrait par la politique, le COSIM a laissé le champ libre à des imams peu instruits et politisés à souhait.

La preuve, l’imam Hamidou Berthé, nous en donne le pire exemple en appelant quasiment à la révolte, au djihad et à l’insurrection des musulmans contre les chrétiens en plus, dans une moquée alors que, selon Allah et le saint Coran, l’islam est une religion de tolérance, d’amour et de paix (2).

Je suggère que le COSIM interpelle publiquement cet imam. Cela sera un premier signal de reprise en main des choses et une façon ferme prévenir l’incertain. Alors que dire de cet autre imam de Sirasso qui, dans son dernier prêche, appelait publiquement à la libération de tous les prisonniers politiques.

Oui cela aussi m’a interpellé. Avait-il le droit de le faire ?

Que nous dit le coran?

Le Coran nous enseigne que Dieu est miséricorde et que le bon dirigeant, c’est celui qui est juste et qui évite de se prendre pour Allah sur terre, comme pharaon. Le Coran nous dit aussi que parmi ceux qu’Allah condamne, il ne faut pas oublier « L’homme politique arriviste qui met son intelligence et son expérience au service d’un tyran afin d’asseoir son pouvoir et assujettir les masses, à l’instar de Hâmân. » (3)

Dans son prêche L’imam de Sirasso a proposé une solution pour ramener la paix en Côte d’Ivoire. Il n’a pas appelé au djihad. L’islam étant une religion de paix, son intention est bonne aux yeux de Dieu ! Néanmoins, le constat est pour moi amer ! Car, qui mieux que le regretté Cheikh Boikary Fofana (la paix soit sur lui) aurait dû faire un tel appel à l’amour et à la paix ?

Mais, soyons justes. Disons plutôt qu’un communiqué du COSIM appelant à la paix en Côte d’Ivoire et à l’apaisement, par le biais de la libération des prisonniers politiques, aurait eu une plus grande portée. Pourquoi donc, le COSIM se mure-t-il dans le silence ? Certains rétorqueront que ce n’est pas son rôle. Bien ! Mais, est-ce le rôle du COSIM de parrainer des deals politiques ?

Je le répète en français chers fidèles musulmans : « il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète. » Depuis des années, j’ai fait le triste constat que certains imams prennent des libertés avec la religion et avec Allah qu’ils sont censés servir. Les actes, actions et agissements de nombre d’entre eux démontrent sans l’ombre d’un doute, qu’ils craignent plus les hommes politiques du moment qu’Allah lui-même. Cela est une grave forfaiture. (4)

Oui, nos guides religieux en sont rendu à glorifier beaucoup plus les hommes politiques qu’Allah lui-même. On les aperçoit souvent faisant des salamalecs et récitant force sourates pour les hommes politiques moyennant rétribution. L’argent est devenu leur nouveau Dieu. Gare à l’impie, comme dit le Coran. Aucun homme ne mérite d’être comparé à Dieu fut-il président de la république.

Gare à vous qui voyez la vérité et qui recourrez au mensonge, parce que vous avez peur d’un homme. Ayez plutôt plus peur d’Allah que du Président ou du ministre. Soyez des imams qui prient et qui louent Allah et rien que Lui. N’ayez crainte que d’Allah le Très-Haut. La sagesse du Président Felix Houphouët-Boigny doit nous inspirer ; lui qui se comportait en véritable croyant. Lui qui prônait la tolérance et l’amour.

Qui ne se souvient pas de 1992, lorsque le gouvernement du premier ministre Ouattara avait mis des hommes politiques en prison. L’un de nos guides religieux, très respecté de l’époque, accompagné du cardinal Bernard Yago s’était rendu auprès d’Houphouët-Boigny pour demander la libération des prisonniers politiques, parmi lesquels Laurent Gbagbo. Houphouët-Boigny acquiesça et une loi d’amnistie fut prise. Toute proportion gardée, à l’époque les imams n’étaient pas encore aussi fortement et autant politisés. Ils craignaient plus Allah que Houphouët-Boigny. Ils étaient courageux quand il était question d’agir pour la paix.

Paix sur la Côte d’Ivoire. Qu’Allah vous bénisse.

Votre humble servante,

Hadja Mariam Diakité

Depuis la ville de Laredo Texas

Suggestions  de lecture

https://www.alwihdainfo.com/Le-regard-de-l-Islam-sur-celui-qui-gouverne-Les-sept-injonctions-coraniques_a8103.html

  • « Islam et politique »
    https://intercoll.net/Islam-et-Politique-contrepoints
  • Côte d’Ivoire : Houphouët en majesté (3/3) – In Jeune Afrique 02 décembre 2013 à 12h53 | Écrit par Fabienne Pompey
    « Catholique pratiquant, Houphouët respecte toutes les religions. S’il a construit la basilique de Yamoussoukro, ce n’était pas, comme on l’a écrit parfois, pour faire “rempart à l’islamisme”. Il considérait ce monument comme un chef-d’œuvre, destiné à honorer la Vierge Marie, et, aussi, à impressionner les siens. Dans son livre, Siradiou Diallo raconte comment Houphouët, alors député, était allé, en compagnie de l’écrivain Amadou Hampâté Bâ, se recueillir sur la tombe de Cheikh Hamahoullah, chef de la confrérie des Hamallistes, à Montluçon (centre de la France). Il apprend que, faute d’argent pour payer la sépulture, le corps du religieux risque d’être exhumé et jeté dans une fosse commune. Dès son retour à Paris, il entreprend les démarches pour acheter la concession afin que le cheikh repose en paix.

Autant le président se méfie des Arabes et met des années à ouvrir une ambassade en Arabie saoudite, autant, pendant ses trente-trois années de pouvoir, il entretient d’excellentes relations avec les musulmans de son pays, les plaçant à des postes clés et faisant la promotion des élites et chefferies locales, qu’il consulte et respecte. Le Nord lui reste parfaitement fidèle. »

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