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Oumou Hawa Bah victime de l’intolérance

Elle change de religion, sa famille s’oppose à son mariage à un chrétien. Chronique d’un long calvaire d’une victime de l’intolérance familiale et religieuse.
La pauvre Oumou Hawa Bah, baptisée du nom de Esther, se bat contre la fatwa lancée par sa famille et ses anciens coreligionnaires pour avoir abandonné l’islam pour se convertir au christianisme et épouser l’homme de sa vie.
Son combat, actuellement hypermédiatisé, en est à sa troisième phase. Les deux autres, celles des étapes de la scolarisation et de l’épanouissement sont pour ainsi dire épuisées. Néanmoins, elles sont à la base de ce que vit Oumou Hawa née dans une famille musulmane dont les principes répriment l’apostasie et canalisent les membres au respect de leurs us, coutumes et traditions en matière de lien de mariage qui est considéré par ailleurs comme une alliance qui surplombe les deux conjoints que scellent deux familles à travers les représentants de leurs parents respectifs.
Le journaliste Zacharie Tamba dans l’uniforme traditionnel peuhl

Cela explique l’autre sens du mariage peul et son rapport au respect des droits parentaux, et qui fait qu’il peut être célébré même sans la présence physique des deux conjoints parce que la légitimité et la légalité de l’usage rituel sont observées par les représentants désignés par la famille de l’épouse et celle de l’époux.

En pays peul, cet engagement est un passage obligé qui fait force de loi.
Le péché d’Ester et Zacharie Tamba
Selon les témoignages, le malheur de Oumou Hawa commence en 2015 quand sa famille biologique refuse de donner sa main à l’homme de son choix, dénommé Samba Sakamissa et originaire de Moloko à Labé à cause de son rang social jugé incompatible à une telle alliance. Les deux tourteaux sont victimes de l’amour et de l’intolérance sociale.
A la différence des Loving qui sont célébrés le jour de la Saint Valentin comme le premier couple mixte aux Etats-Unis, le mariage n’a pas été célébré par une institution établie. Pis encore, ils sont séparés par le destin. Samba meurt en 2016 à Conakry. Oumou Hawa tombe malade, victime de violents maux de tête.
Internée dans un site de soins à Zawiya dans Lélouma sans résultat satisfaisant, sa famille l’envoie dans une clinique spécialisée à Dakar au Sénégal. Elle tombe sous le charme du pasteur et journaliste Zacharie Tamba Millimouno qui y séjournait.
A son retour en Guinée, la belle Omou Hawa trouve un emploi à Conakry et renoue ses relations avec le charmant Zacharie Tamba.
La guérison
Après plusieurs messes d’action de grâce à l’Eglise, le pasteur et journaliste Zacharie parvient à sortir de son beau corps le mal de tête qui la ronge depuis des années.
La suite est que c’est à l’insu de sa famille biologique que la belle Oumou Hawa se fait baptiser Esther et intégrer la communauté peule chrétienne de Guinée. Cette nouvelle met sa famille dans tous ses états. Mais la balle est partie. Celle qui s’appelait à l’état-civil et suivant le code musulman Oumou Hawa a changé de prénom.
La famille chrétienne et les membres de la communauté de l’Evangile ne restent pas les bras croisés. Elles tentent le  tout pour le tout afin de parvenir à rapprocher Oumou de la famille Bah de Timbi à Pita.
Plusieurs médiations échouent, mais la porte du dialogue n’est pas entièrement fermée.
Dans les bras de Tamba après avoir perdu Samba
Victime d’intolérance de la part de sa famille, certes, le péché d’Esther a été celui de prendre la décision de couper tout contact avec ses parents. Ce, au mépris des principes de base de la vie peule qui commandent d’honorer son père et sa mère, et de ne commettre point d’adultère. Et voilà ! Les soupçons de séquestration et détournement d’une patiente sous étroite surveillance thérapeutique ont fait le reste. Pourtant, Zacharie Tamba se présente en prince charmant qui n’a pas lésiné sur les moyens pour apporter l’aide précieuse dont avait besoin sa bien-aimée pour se soigner avant de demander à l’épouser.
C’est un fait. Et alors que la famille Millimouno remercie Dieu le Très-Puissant pour avoir amené un torrent de salut et de guérison dans le corps et l’âme Esther, la famille Bah jure que le mal de la belle et souriante Oumou Hawa est d’avoir rencontré un prestidigitateur nommé Zacharie Tamba qui, en plus de la détourner de sa croyance a osé la braquer contre ses géniteurs et pour finir déconsidérer son droit parental sur celle qu’il prétend épouser.
Trêve de commentaire. Le mariage controversé d’Esther et Zacharie est célébré à l’Eglise protestante évangélique Enta-Fassa le 7 mai 2022 à Conakry. Ce jour-là, la mère et plusieurs autres membres de la famille de la mariée manifestent leur colère devant le lieu de culte protégé pour la circonstance par un dispositif des Forces de sécurité.
Le mariage religieux a eu lieu contre la volonté de la partie censée être la belle famille. Cela cause un autre tort immense à Esther et compromet son avenir qui devrait briller comme l’étoile qu’elle devrait être avec Tamba après avoir perdu son premier prétendant Samba.
Mais tout n’est pas assombri. La suite de cette affaire, elle la vivra à  l’état-civil de Matoto où les autorités attendent le document de consentement parental qui accompagne sa demande de mariage pour statuer sur la légalité de célébrer ou pas l’union.
D’ici-là, il est bon de savoir que la loi est dure, mais c’est la loi. Autrement dit, s’il est évident que tout guinéen est libre de suivre les commandements religieux de son obédience, il est aussi vrai que l’État de droit impose le respect de la loi à tous..
Par Diallo Alpha Abdoulaye  (in Le Populaire du lundi 9 mai 2022)

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