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Princesse Esther Kamatari : « Je veux mettre à l’honneur les femmes minières du Mali »… qu’elle fait défiler au Salon Afrik’Or de Bamako

Nièce du dernier Roi du Burundi et premier mannequin noir connu sur la scène internationale, la Princesse Esther Kamatari a implanté sa Fondation à Bamako. À l’occasion du Ier Salon international de l’Or, qui s’ouvre ce week-end dans la capitale malienne, elle a imaginé de faire défiler des femmes minières. Une grande première mondiale ! Entretien exclusif.

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Propos recueillis à Bamako par Bruno FANUCCHI
@PresseAfrica

Vous participez au Ier Salon international de l’Or qui se tient du 12 au 14 février, à l’hôtel L’Amitié de Bamako. En quoi consiste cet événement?

Princesse Esther Kamatari – Dans le cadre de ce Salon Afrik’Or, j’ai eu l’idée assez folle d’aller faire le casting des femmes minières, car il me semblait important que ce soit les femmes qui travaillent l’or tous les jours qui présentent ici les bijoux «made in Mali». C’est un travail harassant et incroyable : elles n’en voient jamais le fruit ni la finalité.

Elles creusent et travaillent la terre, lavent la boue toute la journée et se cassent le dos pour ne trouver que ce qu’elles appellent le centième d’un gramme d’or. Et il faut qu’elles en trouvent plusieurs pour pouvoir s’acheter à manger. Elles ne voient jamais ce que représente l’or et, pourtant, s’il y a une catégorie de femmes auxquelles nous devons rendre grâce, ce sont bien ces femmes-là!

Je ne connais pas une femme au monde qui n’aime pas les bijoux. Toutes aiment assurément porter de l’or, mais personne ne se rend compte que ces femmes ont durement trimé pour que l’on arrive à être si élégante.

Ce fut une belle aventure d’aller à la rencontre de ces femmes. Racontez-nous…

Princesse Esther Kamatari – J’ai eu l’idée d’aller chercher ces femmes pour les mettre à l’honneur. En un plus d’un mois, j’ai fait exactement 4 110 km de brousse et j’ai visité quinze sites miniers : de petites mines dans la région de Sikasso, de Koulikoro et de Kayes. Et j’ai fait le casting de 34 femmes que j’ai formées pour défiler. Ce sont elles qui vont présenter au Salon les créations faites par les artisans maliens. C’est une première mondiale d’aller chercher des femmes minières pour défiler et présenter les bijoux!

Ne sont-elles pas regroupées dans la Fédération des Femmes minières du Mali?

Princesse Esther Kamatari – Cette Fédération a en effet été créée pour les identifier et les prendre en charge. Une fois que les hommes sont sortis de leurs trous et ont remonté des sacs de terre et de boue qui pèsent parfois 50 kg, ce sont les femmes qui trient la boue et lavent l’or. Ces mines sont parfois de véritables villages. J’ai ainsi visité une mine où travaillaient plus de 1 000 personnes. En dehors de ce dur travail à la mine, elles rentrent à la maison, s’occupent de leurs enfants et préparent à manger. Ce sont des femmes à mille bras!

Ce fut donc une extraordinaire aventure et même une véritable expédition. Ces femmes m’ont vu débarquer du Burundi, mannequin, pour tenter de les faire marcher et leur apprendre à défiler entre les trous des mines.

C’est pour moi une façon de leur rendre hommage et d’attirer l’attention sur leur travail incroyable. Rentées chez elles, ces femmes auront acquis confiance en elles, avec le sentiment profond d’être considérées et respectées pour ce dur labeur.

Femmes minières entourant la Princesse Kamatari. © DR

«L’or, les Maliens n’en voient jamais la couleur»

Ce Salon Afrik’Or n’a-t-il pas aussi une double portée économique et culturelle : faire la promotion des orpailleurs traditionnels et transmettre la culture du beau?

Princesse Esther Kamatari – Absolument. Le mot est juste : la culture du beau. Et cela, c’est mon dada. Le Mali, c’est le pays de l’or, le pays de Kankou Moussa qui fut à son époque l’homme le plus riche du monde. Or, cet or qui est produit au Mali, les Maliens n’en voient pas la couleur. Les conditions dans lesquelles vivent ces femmes dans un pays qui produit autant d’or, ce n’est pas possible, il y a une erreur, une faille, quelque part!

Ce Salon a bien sûr un volet économique important pour faire prendre conscience aux Maliens de la richesse du pays. Ce n’est pas la peine d’aller à Paris pour s’acheter des bijoux et de l’or alors que l’or vient d’ici. Et que les artisans maliens sont aussi doués que ceux que l’on trouve en Europe ou en Amérique.

Lors de ce Salon, il y aura aussi une exposition et une vente de bijoux. C’est une manière de mieux défendre et faire connaître l’artisanat malien et son savoir-faire?

Princesse Esther Kamatari – Le Mali, je le répète, est le pays de l’or, mais pour certains cela fait plus chic d’aller à Dubaï ou Paris. Or, ce sont peut-être ces mêmes artisans maliens qui travaillent pour ces grandes maisons et joailleries. C’est donc une manière de faire un clin d’œil à tout ce petit monde en leur disant : faites-vous confiance, vous êtes capables de faire ici de grandes choses et de faire du beau.

Il suffit de voir les mariages à Bamako quand les femmes sont parées d’or. C’est un pays où les artisans ont des doigts en or, c’est le cas de le dire, mais il faut que les Maliens se rendent compte de cette richesse qu’ils ont et qu’ils négligent parfois. Toutes les femmes au monde qui portent des bijoux en or devraient avoir une pensée pour ces femmes du Mali ou d’ailleurs car c’est vraiment un travail d’orfèvre sans égal.

Le Mali est le deuxième producteur d’or d’Afrique… N’est-ce pas dommage que toutes ces pépites ne soient exploitées que par des multinationales et que plus aucune société malienne ne s’y intéresse?

Princesse Esther Kamatari – C’est bien dommage en effet. La production de l’or et son exportation assurent une part importante (environ 20%) du PIB du Mali. C’est donc paradoxal de voir les conditions de vie et de travail de toutes ces femmes dans un pays qui produit autant d’or. Ce Salon servira aussi à une réelle prise de conscience.

La Princesse Esther Kamatari avec les femmes minières du Mali. © DR

Une Fondation d’utilité publique pour la protection de l’environnement

Vous êtes installée depuis deux ans à Bamako, où vous avez ouvert une Fondation qui porte votre nom. Quelles sont ses principales activités?

Princesse Esther Kamatari – Depuis un an, la «Fondation Princesse Kamatari» a été officiellement agréée et reconnue d’ «utilité publique». Son objectif est précisément la protection de l’environnement pour un développement durable. Et moi, je me suis attaquée au plastique, à ces fameux sacs plastiques noirs qui polluent les différents quartiers de la capitale malienne.

L’an passé, j’avais lancé une action écologique visant à ramasser ces sacs et même initié un grand concours entre les différentes communes de Bamako, doté d’importants prix. Mais l’élan a été malheureusement cassé par la Covid 19 et la crise sanitaire. Ce n’est que partie remise, même si on le fera différemment…

En attendant, la Fondation s’est adaptée et a été la première à fabriquer des masques en tissu. Aujourd’hui, on n’en veut plus, mais les Maliens n’ont pas les moyens de s’acheter des masques FFP2. Il vaut mieux qu’ils se protègent et se lavent les mains. Je travaille avec une association qui fait des savons et nous distribuons aux femmes en priorité savons et masques.

Puis est arrivée l’idée de ce Salon Afrik’Or, pour lequel je me suis investie au côté du PDG de la Raffinerie Kankou Moussa (KMR), l’Italien Dario Littera, Je lui ai alors suggéré de monter un défilé de mode lors du Salon, et de remplacer les mannequins classiques par ces femmes des mines -– trente-quatre femmes dûment sélectionnées, deux par site visité.

Dans la mine de Diarafala, qui est pour moi le bout du monde, il y a beaucoup d’or. Les femmes de Diarafala qui sont arrivées pour le show et le défilé de ce vendredi mettent deux jours pour venir à Bamako…

Tout est prêt pour ce défilé original en ouverture d’Aftrik’Or?

Princesse Esther Kamatari – Tout est prêt! J’ai créé leurs tenues en coton fin et on les a teintes pour faire une collection très belle dans les bleus. Chaque femme a son vêtement sur mesure et chacune repartira avec sa tenue. Ce défilé aura lieu le premier jour du Salon, après l’ouverture officielle par le ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré [lire ici notre entretien, ndlr].

Je veux toujours innover! Alors, oui, c’est quand même une première mondiale, dont je suis très fière et une idée complètement folle. Personne n’avait jamais pensé à aller chercher ces femmes-là : elles sont magnifiques et prennent tout cela très au sérieux. C’est la nouvelle aventure de la Princesse!

Un dernier mot sur le Mali, ce pays dont vous vous êtes prise de passion? Comment va-t-il s’en sortir, selon vous?

Princesse Esther Kamatari – Je pense que le Mali a vraiment toutes les cartes en main et il n’y a aucune raison qu’il ne s’en sorte pas. C’est un pays riche, de son sous-sol et de sa culture. À l’image de ces femmes admirables, les Maliens sont «bosseurs» quand ils veulent. Dans les mines, je peux en témoigner, cela travaille fort. Est-ce la fièvre de l’or qui les anime? Je ne sais pas, mais cela bosse sérieusement. Il est cependant nécessaire que le Mali protège son environnement et prenne conscience de toutes ces richesses qu’il faut préserver.

Ce que nous faisons est un moyen de sensibiliser toutes ces jeunes filles et ces femmes en leur disant : c’est bien ce que vous faites, mais envoyez quand même vos enfants à l’école et faites-leur faire des études car, demain, au lieu d’aller creuser la terre toute la journée, vos enfants seront des ingénieurs. L’avenir du Mali se construit aujourd’hui.

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