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Rendez-vous électoral du 18 octobre : Soif d’alternance versus désir de continuité

L’après-double scrutin du 22 mars se joue entre le camp qui soutient le régime Alpha Condé décidé de garder la main et celui de l’opposition conduite par Cellou Dalein Diallo engagé à freiner l’élan de confiscation de l’alternance au pouvoir par les urnes. Avec chacun ses doutes et ses espoirs.

Le rendez-vous du dimanche 18 octobre a été proposé au chef de l’Etat, le président Alpha Condé, par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) comme la date du scrutin électoral présidentiel attendu avant fin 2020. Il revenait au président Alpha Condé de l’entériner ou de formuler une autre proposition de date avant la fin de ce mois de juin. La Ceni a également annoncé une opération de révision exceptionnelle des listes électorales en cours depuis le 15 juillet 2020.

L’organisation de l’élection présidentielle est une échéance historique pour la classe politique guinéenne. Alpha Condé est à son deuxième et dernier quinquennat à la tête du pays. Il a fait adopter lors du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars 2020 une nouvelle constitution qui a fait passer la durée du mandat présidentiel de cinq à six ans et donné l’opportunité à l’élu de pouvoir se représenter Ad vitam æternam. Le parti d’Alpha Condé a remporté 79 sièges sur les 114 que compte le Parlement.

L’opposition politique conduite par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, leader de l’Union de forces démocratiques de Guinée (Ufdg) est membre du Front national de la défense de la constitution (Fndc) composé également d’organisations de la société civile guinéenne.

L’Ufdg et autres ténors de l’opposition au régime Alpha Condé participent activement au boycott du double scrutin. Les manifestations organisées par le Fndc contre la tenue d’élections législatives sur la base d’un fichier électoral controversé, le projet de nouvelle constitution et un éventuel 3e mandat d’Alpha Condé, sont réprimées dans le sang.

Le bilan dressé par les organisations de défense des droits humains en dit long sur l’usage immodéré et disproportionné de la force publique. Au moins 79 dont 78 civils et un agent des forces de sécurité sont tués. De centaines de blessés et de nombreux dégâts matériels enregistrés à Conakry et dans certaines villes du pays profond. Le 14 octobre 2019, plusieurs leaders du Fndc sont mis aux arrêts et condamnés à des peines allant de 6 mois à 1 an d’emprisonnement. L’opposition déplore des portés disparus, des arrestations extrajudiciaires, ainsi que des déportations d’opposants vers le camp militaire de Soronkoni à Kankan créé sous le régime du général Lansana Conté dans le cadre de la pacification de la Haute Guinée alors acquise par l’opposition.

Le 4 novembre 2019 à l’enterrement des 11 morts lors des événements du 14 au 16 octobre, le cimetière de Bambéto, en banlieue de Conakry, est le théâtre d’exactions. Les forces de l’ordre tirent à balle réelle. 3 morts et 6 blessés sont enregistrés.

La communauté internationale passe des déclarations de principe aux condamnations en chœur des agissements du gouvernement. Le régime se recroqueville sur lui-même. Ne comptant plus que sur les soutiens des pays comme la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdogan ou encore la Chine de Xi.

Soif d’alternance

Durant ses 9 ans d’exercice du pouvoir en Guinée, Alpha Condé fait des joutes verbales et de la répression sanglante ses réponses aux critiques acerbes et aux séries de manifestations de rue de l’opposition à son régime. Ce mode de gouvernance dédaigneux et sanglant produit un système Condé hermétique à l’ouverture de dialogue propice à des initiatives de sortie de crise et par ricochet l’alternance au pouvoir à la douceur.

Si le régime Condé s’entête à s’emmurer comme une sangsue, ce n’est pas la faute à la Transition de 2010 bien que les décideurs et les partenaires de la Guinée de l’époque aient préféré porter leur dévolu sur son profil d’opposant historique à l’implacable vérité des urnes. Les faits sont les faits. Malgré cela, rien ne lui accordait la carte blanche d’installer une nouvelle autocratie dans ce pays qui a connu peu de décennies de bonheur depuis son accession à la souveraineté nationale le 2 octobre 1958.

L’apparition d’une aile dure au sein du Rpg Arc-en-ciel, sa formation politique, n’aurait certainement pas pu détourner le régime Condé de la voie de l’alternance. Deux ans, trois ans et quatre de gestion ont suffi pour montrer des signes de la dépravation du pouvoir à travers les procédés d’extorsion de fonds, de remise en question des contrats et conventions minières, d’exportation de cargaisons de devises vers des paradis fiscaux, etc.

Ce qui enlaidit gravement l’image du régime, ce sont les massacres de paisibles villageois à Galapaye et Zogota, et la répression meurtrière des jeunes manifestants dans les zones urbaines acquises à l’opposition. Tous ces crimes sont documentés. Les collectifs des victimes et les Ong de défense et de protection des droits de l’homme attendent de pied ferme les présumés responsables.

Certes, le processus électoral n’est pas entièrement remis en question, mais les tenants d’un scrutin présidentiel inclusif, transparent et accepté des parties peuvent continuer à se demander par quel miracle la Guinée pourra donner l’occasion à l’alternance de prospérer dans un tel climat.

 Par Le Populaire 

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