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Report des législatives et du référendum : Un nouveau coup de boutoir

Dire et se dédire peuvent bien se comprendre si l’objectif d’Alpha Condé répondait à la perspective de mettre fin à la crise. Lamarana Petty Diallo démontre que le discours télévisé du chef de l’Etat semble donner une toute autre impression.

En matière de politique, dire et se dédire peuvent bien se comprendre si toutefois l’objectif répondait à la perspective de mettre fin aux incompréhensions, aux oppositions d’idées et aux conflits pouvant résulter de l’exercice du pouvoir.

Le report des législatives et du référendum du 1er mars 2020 répond-il à cette perspective ? Le discours télévisé du président Alpha Condé semble donner une toute autre impression. Une approche sémantique aiderait à le démontrer.

La répétition comme marque d’autorité perdue

La récurrence de propos « ce n’est ni une capitulation ni une reculade ; je précise très bien… ; je précise encore… c’est important… », montrent que le président guinéen est dans une posture inflexible, voire radicale, qui ne laisse place à aucune issue de dialogue.

Laisser aux Guinéens le soin d’apprécier sa démarche, en faisant l’économie des termes évoqués, serait faire preuve de grandeur, de volonté d’apaisement et de décantation de la situation explosive du pays. Mais, le président préfère se défendre, comme s’il craignait que sa démarche ne soit perçue comme une défaite.

Pourtant, on s’en sort toujours grandi et souvent victorieux en optant pour un recul franc. Il aurait fallu, qu’il annonce tout simplement la fin du processus électoral en l’état actuel. Qu’il exprime clairement son renoncement définitif au troisième mandat.

Les hors-sujets à référence historique faisant allusion au panafricanisme, à la FEANF, au soutien aux mouvements de libération parasitent le discours qui devrait être axé à une question bien précise : la situation actuelle de la Guinée, les raisons du report et les initiatives à venir.

Tout semble indiquer que le président guinéen qui voulait renforcer sa posture politique en désuétude à une fois de plus rater le coach. En totale décalage d’avec les réalités du moment, ses références historiques ont peu de chance de toucher la sensibilité du peuple, dont il s’est coupé.

On voit mal comment les jeunes générations qui sont dans la rue, dans le double sens de manque d’emploi et de contestations sociales, seraient sensibles à l’anachronisme affiché du chef de l’Etat.

Compassion déplacée, condescendance et mépris

Comme si les failles de la communication ne suffisaient pas, le président Condé ajoute, comme à son habitude, diraient certains, de la provocation par la négation de l’adversaire en utilisant des expressions qui frisent l’insolence : « tant pis ; certains vont jubiler ».

Cet abus de langage n’est rien d’autre qu’un casus belli, une déclaration de guerre. Bref, le coup de boutoir, empreint de violence et de dédain, tant au peuple, à l’opposition, qu’au FNDC.

En effet, M. Alpha Condé s’est lancé dans une sorte de diatribe, en tout cas, dans des propos peu conciliants : « je précise très bien que… seuls les partis déjà engagés dans la compétition électorale sont concernés » pour narguer le FNDC et les partis politiques opposés à son projet.

Excluant de facto l’opposition républicaine, on s’étonnerait qu’il n’y ait dans la déclaration de vendredi tous les ingrédients pouvant rallumer la braise. Dans une situation aussi tendue que celle que nous vivons, mépriser ouvertement l’adversaire serait-elle la meilleure méthode ?

En tout état de cause, le président pousse le bouchon plus loin et de la manière la plus invraisemblable. Il plaint ses militants et sympathisants, les affidés de son pouvoir et les transfuges qui l’entourent en partageant leur malheur de voir le suffrage reporté.

Il se montre compatissant comme il ne l’a jamais été à l’endroit « des autres Guinéens ». Dans cet exercice, il frise la grandiloquence en employant des termes trop faciles, des prétextes bidons diront certains. Il parle, d’un ton paternaliste, de leurs larmes, leur déception, l’insomnie qui les guette : « Je sais que beaucoup ne dormiront pas ce soir ; vont pleurer, vont se révolter », regrette-t-il. Il aurait tout simplement pu leur verser une larme, dirait-on.

Oh !, pauvres dépités déboutés de tout : du président et du peuple. Savez-vous maintenant que vous n’irez pas aux urnes ? Cependant, vous pouvez encore éviter le garde chiourme ?  Pour cela, Abdoulaye Yéro Baldé vous a tracé la voie.  Engouffrez-vous sans tarder avant qu’elle ne soit fermée.

Ceci dit, le comble de l’ignominie a été atteint. Le président Condé a-t-il fait, ne serait-ce qu’une seule fois, allusion aux larmes versées par le peuple de Guinée depuis 2010 ? L’a-t-on vu dans une famille éplorée, à part une seule fois ? Et laquelle ?  Se serait-il plaint des mères guinéennes qui ont perdu leurs enfants à fleur d’âge ?

Ces femmes qui sont inconsolables.  Parmi elles, certaines ont perdu leur enfant unique et ne peuvent plus en avoir d’autres.

Combien de fois a-t-il fait preuve de compassion, de regret pour les victimes des forces de sécurité ? Aurait-il une seule fois déploré les conséquences de la mal gouvernance, de l’ethnocentrisme et autres maux qu’il a instaurés dans notre pays ?

La sortie du 28 février 2020 : une provocation de plus

A l’analyse, on peut dire que la sortie du président guinéen est une tentative de se donner du répit dans le but de pouvoir monter de nouveaux stratagèmes. C’est une provocation de plus. Au pire, une manière de laisser perdurer les meurtres, les incendies, les arrestations, emprisonnements et déportations dans le nouveau camp de Soronkoni.

Le discours-report est un nouveau défi au FNDC et aux Guinéens. En faisant semblant d’avoir entendu la CEDEAO, notre président n’évoque, en aucun moment, les efforts de conciliation, les messages de paix lancés par les personnalités morales, religieuses et les coordinations régionales.

Pourtant, elles n’ont ménagé aucun effort pour éviter à la Guinée la situation actuelle.

Une situation où le feu, les incendies et la mort se disputent le sort du pays. Une réalité macabre que les générations passées et actuelles ont rarement connue. Une réalité que les Guinéens n’auraient jamais souhaité vivre.

Bref, aucun vocabulaire ne saurait traduire en mots ce que les Guinéens vivent actuellement : on les abat comme des bêtes sauvages ; pille leurs biens ; incendie leurs demeures, boutiques, champs, fermes ; violentent leurs femmes, tuent leurs progénitures. Tout prouve que c’est une machine infernale qui est mise en branle pour des simples élections et l’avidité d’un homme et les lubies de son entourage.

Au-delà de tout, M. Alpha Condé est apparu lors de son discours comme un homme isolé. Mais aussi fatigué.

Cherchant à recoller les morceaux, il a navigué dans tous les sens sans pour autant trouver la bonne attache, le bon port. Il s’est trompé tant d’interlocuteurs, ses opposants, que de destinataire, le peuple de Guinée.

Au lieu de rassembler, il a encore divisé. Il s’est enfoncé en entraînant dans le précipice son parti, le Rpg Arc-en-ciel, qui n’a d’ailleurs plus d’arc même s’il lui reste des flèches incendiaires dans sa besace.

Au vu de la situation qui empire, se dégrade de plus en plus, le FNDC ne devrait pas lâcher. S’il le faisait, la Guinée se retrouverait dans d’autres mains car, il est indiscutable que le président n’a plus la poigne.

Sans le FNDC, notre pays serait aujourd’hui un champ de bataille d’autres intérêts.

Un regret parmi d’autres, que les institutions républicaines, assemblée nationale et cour constitutionnelle mais aussi d’autres organismes civils ou non ne jouent pas leur rôle.

 Une touche d’humanisme sous forme d’appel pour terminer.

Que les crocodiles qui rôdent autour de M. Alpha Condé aient une compassion pour ce vieil homme qui a passé sa vie à lutter. Une lutte à caractère personnel qui a commencé très tôt dans l’enfance et dans un pays étranger. Une lutte politique que personne ne saurait nier et qui l’a conduit au poste qu’il occupe actuellement.

Il a droit, et c’est un devoir aussi, de finir sa vie politique, sa vie, tout court, en apothéose.  S’il lui reste encore de la famille, des amis, qu’ils l’extirpent des griffes des vautours et des tentacules des crocodiles. Qu’ils lui fassent comprendre que ses amis de la 25e heure, en l’enfonçant vers un troisième mandat, anéantissent tout ce pourquoi il s’est battu sa vie durant.

Qu’ils l’aident à comprendre que les intérêts pour lesquels ils tiennent en tenailles le vieux président dans une tour d’ivoire, les guideront demain vers d’autres qu’ils tenteront de piéger.

Qu’ils lui fassent comprendre qu’en jouant sur la rudesse de l’âge et les marques laissées par sa longue lutte, ces vautours et autres gloutons de tout genre, enfoncent la Guinée dans les méandres de la guerre civile.

Les prémices sont déjà là. Elles se lisent dans les affrontements de rues entre forces de l’ordre et citoyens, dans les incendies, les kidnappings, les assassinats et les meurtres.  J’espère qu’il lui reste tant soit pas d’amis et de proches qui l’aideront à revenir à plus de lucidité afin de saisir les choses et leurs effets.

Enfin, le dernier rôle, la responsabilité essentielle incombe, en ces moments de péril, au FNDC et aux entités politiques et civiles qui le composent. Une nation en dérive a besoin de bouée de sauvetage. Le FNDC est cette bouée.

Et nul n’a besoin de dire que le navire de notre pays prend de plus en plus l’eau et se dirige loin des berges de la quiétude et de la paix. Toutes choses que nous devons retrouver au plus tôt.

 Par Lamarana Petty Diallo
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