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Jusqu’où la surdité sociale et politique du régime peut-elle mener la Guinée ?

Depuis l’annonce du couplage des élections législatives avec le référendum portant sur la loi fondamentale en Guinée, prévue le 1er mars 2020, la crise guinéenne semble prendre forme. Surtout grâce à l’implication timide de la communauté internationale. Aissatou Chérif Baldé analyse la situation.

e retrait de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) de la Guinée, même si les dettes de ces deux banques accordée à l’Afrique depuis plus de 50ans avec une fausse appellation «aide au développement » sous forme de projet d’ajustement structurels n’ont jamais été bénéfique pour l’Afrique, et la résolution de l’Union européenne (Ue) mettant ainsi le gouvernement guinéen sur le banc des accusés en matière du non respect des droits de l’homme, devraient inquiéter tout gouvernement responsable épris de justice et de paix, pour ainsi prendre ses responsabilités afin de mettre fin à une situation crisogène qui n’a que trop duré. Et à l’évidence s’ajoute la discordance criante entre le gouvernement guinéen et une grande partie de la population guinéenne, qu’il n’est pas parvenu à convaincre sur la nécessité d’adhérer à son projet de tripatouillage constitutionnel. Plus loin, il est évident que le projet de tripatouillage constitutionnel initié par le président Alpha Condé, voulu et entretenu ne fait pas l’unanimité et au sein de la communauté internationale, et au sein des pays africains et d’ailleurs même au sein de la famille politique du président Alpha Condé

Ce pendant le régime actuel continue donc de rester sourd et aveugle face aux revendications citoyennes du FNDC et des enseignants grévistes, afin de trouver une solution atténuante à la situation crisogène que connaisse la Guinée, mais aussi et surtout du peuple de Guinée, qui vit un misérabilisme exacerbé. Sur ce le président Alpha Condé et les membres de son gouvernement ne ratent aucune occasion pour se faire passer pour des souverainistes et panafricanistes, dans la défense de leur projet de tripatouillage constitutionnel et pourtant à bien analyser, ils n’ont rien de panafricaniste et de souverainiste, car ces idéologies mettent en avant l’intérêt du peuple, le progrès social, l’unité, la justice et légalité.

Un régime qui méprise son peuple, le mettant dans une situation de servilité, sans honneur et dignité, sans droit au développement, donc ne peut et ne pas doit se servir du panafricanisme. En effet, toute la question reste à savoir, pourquoi le gouvernement guinéen expose la Guinée a un risque d’isolement international, avec une croissance économique en chute libre, un produit intérieur brut très faible, une gestion économique calamiteuse en manque de vision et transparence, une fonction publique inefficace gangrenée par la corruption et le népotisme? Pourquoi refuser de prendre la voie de la solution de bon sens et de mesure pour sortir la Guinée de cette situation crisogène ? Pourquoi tourner le dos à la contestation du FNDC et des enseignants grévistes en imposant une politique envers tout et contre tout en lieu et place de la solution de bon sens, c’est à dire en choisissant l’inverse du dialogue social et politique: cliver et affronter et en bout de course payer plus cher l’adoption d’une mesure et solution consensuelle, qui aurait pu initialement être pourtant bénéficiaire pour tous ? Pour gagner quoi ? Du moment où le coup politique de cet entêtement sera probablement très élevé. C’est absurde et incompréhensible cette attitude du gouvernement guinéen.

Il est certes évident, que les élites guinéennes n’aiment pas le dialogue social et politique, puisqu’ayant vécue que dans un système arbitraire, donc habitué à invectiver, affronter, réprimer. Et c’est pourquoi ils ont tous une attitude despotique, antidémocratiques et restent souvent des présidents à vie de leur partis politiques en refusant de prôner la culture démocratique, l’alternance politique, la contradiction. Nonobstant cet état de fait, cette stratégie et attitude du gouvernement guinéen ainsi que la classe politique, celle basée sur la voie d’un affrontement sans compromis disqualifie par principe la notion du dialogue social et politique et expose la Guinée à toute sorte d’eventualité. On comprend que cette stratégie flatte leur militants extrémistes, et les parrains de l’ethnocentrisme politique en Guinée, perçue sans doute comme payante, puisqu’elle joue au pourrissement de la situation socio-économique et politique du pays, creusant ainsi davantage le fossé au sein de la société guinéenne.

Et pendant ce temps eux ils continuent à s’enrichir par milliards de francs guinéens sur le dos de la population guinéenne, qui elle peine à trouver de quoi se remplir le ventre. Mais une chose reste certaine, si le pouvoir exécutif guinéen assume de passer en force son coup d’état constitutionnel le 1er mars 2020 malgré les blocages, et contestations, alors qu’il continue de garder le flou autour de la question du 3ème mandat du président Alpha Condé, il risque d’exposer le pays avec cette stratégie de l’extrême et le référendum sera par conséquent dépourvu de toute légitimité. Ce sera le prix à payer pour cette rigidité où le pouvoir exécutif assume de passer en force malgré les contestations qui durent déjà depuis 4 mois avec une perte de vie humaine insensée.

Il est évident qu’on a tous bien compris que le gouvernement et son chef le président Alpha Condé ne peut pas abandonner la partie sans dommage politique majeur après plus de 4 mois passés dans cette seringue du conflit social qu’il a absurdement choisi, soldé de tueries et d’emprisonnement, Il n’en reste pas moins que le compromis rapide souhaité par le Président n’est pas prêt d’arriver, et que le projet de coup d’Etat constitutionnel envisagé le 1er mars 2020 sans légitimité préalable. C’est le genre de stratégie qui passe ou qui casse. Peut-être, le gouvernement fera-t-il passer son coup d’Etat constitutionnel sans avoir convaincu une majorité des guinéens de son bien-fondé. Peutêtre, à force de tirer sur la corde sociale, finira-t-elle (ce que je pense être inévitable dans les mois à venir sans pouvoir le prouver) par casser. Il faut que nous ayons bien conscience que cette rupture risque d’avoir des conséquences désastreuses, voire cataclysmiques, sur la Guinée.

Par Aissatou Chérif Baldé
La politique autrement

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