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Transition politique avec ou sans Alpha Condé : Bah Oury clarifie et assume sa position

A la tête d’une nouvelle formation politique dénommée Union des démocrates pour la renaissance de la Guinée (Udrg), Bah Oury analyse la mobilisation mitigée du 20 juillet ayant fait 2 morts par balle, et au passage, répond au directeur de la Police judiciaire qui accuse le Fndc d’entretenir des groupes armés. L’ancien Vice-président de l’Ufdg et ancien ministre de la Réconciliation nationale sous le régime Conté n’estime pas nécessaire d’aller à la présidentielle du 18 octobre qui, selon lui, cautionne le 3e mandat de Condé. En revanche, l’opposant soutient que le Fndc doit revisiter sa stratégie, se réinventer pour être en phase avec les réalités du moment.

Le Populaire: Le Front a repris ses manifestations lundi 20 juillet 2020. Est-ce que c’était le bon moment, selon vous?
Bah Oury: Je pense qu’il faut juger chaque action de manière rétrospective. Il va de soi que la mobilisation était mitigée. Il y a beaucoup de préalables sur le plan politique, de la stratégie qui auraient dû être explicités et éclaircis. Bref, je pense que c’est une autre période qui commence dans le combat pour la démocratisation et la restauration de l’ordre constitutionnel dans notre pays. Donc, on ne peut pas utiliser les mêmes armes, les mêmes instruments de mobilisation comme on l’avait fait avant le 22 mars. A l’aune de la nouvelle réalité qui s’impose, il faut revisiter sa stratégie et démarche pour prendre en compte les attentes de la population et les besoins d’implication de cette population qui se pose des questions par rapport à la pertinence de certaine manière de faire surtout au niveau du champ politique.

C’est comme si vous n’êtes pas d’accord avec la démarche?
J’avais dit qu’il faut qu’on éclaircisse les mots d’ordre. Que chaque acteur, chaque composante du Fndc clarifie sa position parce que la population veut un axe directeur très précis par rapport à la situation politique, notamment, les élections présidentielles du 18 octobre prochain. De ce point de vue, les acteurs n’ont pas, tout à fait, joué comme il le fallait pour clarifier leur position de manière nette. En d’autres termes, je leur avais dit que si nous ne clarifions pas la position, il va de soi que la population aura du mal à se mobiliser.

 Comment expliquez-vous l’absence des principaux leaders pendant les manifestations?
Vous savez un mot d’ordre et une stratégie, un mode opératoire qui a été défini et qui n’avait pas indiqué que c’était une marche qu’il fallait faire. A ce niveau-là, cela posait de problème de localisation ou de mobilisation, de création de force de troupe ou de masse pour cristalliser l’engouement. Donc, tout cela n’a pas été bien explicité pour des raisons que je ne m’explique pas puisqu’il y a une autre stratégie qui a prévalu au niveau de ceux qui s’occupent des questions opérationnelles.

 Pour vous donc les manifestations ne sont plus nécessaires?
Non! Les manifestations sont nécessaires. Mais avant de procéder à des manifestations, il faut d’abord que la population soit profondément sensibilisée que les personnes se rendent compte qu’il s’agit de leur avenir et non pas de l’avenir de quelques personnes qui veulent le fauteuil de M. Alpha Condé. Pour cela, il faut que les choses soient bien explicitées pour que les gens se rendent compte que nous manifestons pour qu’il y ait la stabilité, le développement, l’électricité, l’eau, l’école qui fonctionnement correctement, du travail pour les jeunes et des institutions stables dans ce pays. Si tout cela n’est pas pris en compte, il va de soi que si les gens ont une vision très étriquée de choses, en se disant qu’on veut enlever Alpha pour mettre quelqu’un d’autre, ils vont se désintéresser.

On sent de plus en plus de désaccord au sein du Fndc. Qu’est-ce qui explique cela?
Lorsque vous avez fait un grand combat et qu’une étape importante est franchie, il faut faire un bilan rétrospectif, revisiter ses actions, se réinventer et s’améliorer. Il ne faut pas croire qu’il ne faut pas toujours faire la même chose que ce qu’on avait fait il y a 4 mois. Ca peut  ne plus être adapté et opérationnel. Donc, il faut se réinventer puisque, entre autres, il y a eu ce double scrutin du 22 mars, et une Constitution falsifiée, promulguée par le pouvoir qui fait que nous sommes dans un vide constitutionnel. Il y a ce fichier électoral totalement corrompu. Il y a cette crise scolaire qui est lancinante. Il y a la sanitaire et économique qui a appauvrit davantage la population qui se pose des sérieuses questions sur son devenir. Toutes ces questions méritent d’être revisitées et revues à l’aune de ce que nous devons faire maintenant. Il ne faudrait pas qu’on se fige simplement sur la Constitution et qu’en dehors de ça le reste ne nous intéresse pas. La vie autour de nous est en train de bouger. La révolte est manifeste dans l’ancien fief du Rpg, en Haute Guinée. Les citoyens de Kankan qui manifestent aujourd’hui contre le manque d’électricité, ils demandent de choses très basiques qui rentrent dans leur cadre de vie. C’est la même chose à Conakry et partout ailleurs. Donc, nous devons être en phase avec les attentes et les exigences du moment. Si on veut simplement être comme un nuage qui voyage au gré du vent qu’il imprime. Cela risque de nous écarter du combat de la citoyenneté et de la démocratie que les guinéens souhaitent et attendre depuis très longtemps.

 Le pouvoir considère que c’est trop risqué de vous laisser manifester en cette période de Covid-19.  Argument valable ou simple prétexte?
D’abord, manifestons nous dans nos têtes. Organisons nos têtes par la pédagogie, par la sensibilisation. Parfois, les vraies manifestations, personne ne décidera quand est-ce que ça aura lieu. Ça interviendra au moment où ça devra intervenir.

Le directeur central de la Police judiciaire (Dcpj), le commissaire Fabou Camara, vous accuse d’entretenir de groupes armés pour semer la violence pendant les manifestations. Votre réponse?
Depuis trop longtemps, les faux complots ont prospéré dans notre pays. Sinon que, s’ils ont des éléments de preuve, ils n’ont qu’à les étaler devant la justice comme quoi il y a des éléments qui sont armés. Il ne s’agit pas d’accuser, il faut donner des éléments de preuve. Lorsqu’on est le directeur de la Police judiciaire on doit être précis et concret avec des éléments probants. Et l’action judiciaire devrait être engagée avec des éléments de preuve et non pas des éléments qui se fondent sur des rumeurs et ou des accusations non fondées.

En retour, vous accusez les forces de l’ordre d’avoir tiré sur les manifestants. Est-ce que vous avez de preuves, vous aussi ?
En Guinée, on sait que la plus part de manifestants tués, ont été le fait d’hommes portant l’uniforme. Ce n’est plus une surprise. C’est une réalité que tous les guinéens vivent et connaissent. Le ministre de la Sécurité, en charge de l’ordre public, est de ce point de vue, responsable politiquement et moralement des assassinats des citoyens, notamment, des enfants parce que c’est de sa responsabilité. On ne peut pas continuer à vivre dans un pays où on peut tuer surtout les jeunes enfants comme si c’était des poussins qu’on s’amusait à descendre.

Quelle est votre analyse des manifestations à Kankan ?
Les jeunes de Kankan protestent parce qu’ils sont profondément frustrés des fausses promesses. Ils vivent une situation injuste et ils ne peuvent pas continuer à se résigner devant les manquements graves des éléments indispensables pour organiser une vie collective, pour organiser un pays, notamment l’électricité et l’eau courante. Le gouvernement dit avoir dépensé 3 milliards de dollars en 9 ans dans le cadre de l’électrification de la Guinée. Mais, vous pouvez avoir à 20 millions d’euros une centrale solaire qui peut vous produire 20 mégawatts. Je pense que la collectivité de Kankan ne pourra même pas consommer à elle seule cette quantité d’électricité. Donc, il y a eu notoirement un manque de volonté de satisfaire les besoins des populations et de le faire avec intelligence, professionnalisme. Peut-être que certains s’intéressent beaucoup plus à leurs poches et à leur ventre qu’à ce qui peut permettre à la population de vivre dans des meilleures conditions.

Vous êtes à la tête d’un nouveau parti. Expliquez-nous ?
Ce parti est né de la fusion de deux partis légalisés. C’était le cheminement que nous avons trouvé pour contourner les difficultés liées à un dépôt ex nihilo d’un nouveau parti au ministère de l’Administration du territoire. Grâce à Dieu, nous avons rencontré des hommes et des femmes de haute intégrité morale qui ont fait leur congrès séparé et qui ont donné le mandat pour qu’il y ait la fusion. C’est ce qui a été acté conformément à la Charte des partis politiques. Pour nous permettre d’annoncer le lancement de l’Union des démocrates pour la renaissance de la Guinée (Udrg).

Candidat ou pas à la prochaine présidentielle …
Dans le contexte actuel, on a des obstacles majeurs. Le pays est bloqué sur le plan constitutionnel. L’absence d’un fichier électoral probant et beaucoup d’autres questions annexes. De ce point de vue, nous privilégions la transition politique qui permettrait de restaurer l’ordre politique pour nous permettre d’avoir des élections crédibles, claires en temps opportun. Mais, l’Udrg est responsable des décisions qu’il prendra le moment venu.

 Une transition politique avec ou sans Alpha Condé ?
La question de la transition nécessite une réponse concrète, pas de conjoncture parce qu’il est important de faire en sorte qu’il y ait une sorte de crise par le haut. Le moment venu, et par les événements que cela pourra induire, les circonstances détermineront comment la transition pourra se faire.

Des concertations ont-elles été engagées dans ce sens ?
La question actuelle n’est pas tranchée parce que certains partis n’ont pas la même lecture de la gravité de la crise institutionnelle dans laquelle nous vivons. On va leur laisser le temps de mieux comprendre et appréhender à la situation avant qu’on ne puisse avoir une concertation collective si celle-ci est efficace et opportune.

Un scenario de candidature unique des partis politiques membre du Fndc est-il envisagé ?
A ma connaissance, non. C’est la nécessité de la clarification politique que j’avais demandé il y a deux semaines pour nous permettre d’avoir des attitudes convergentes, une analyse qui permettrait de mutualiser les forces et savoir dans quelle direction faire converger les populations. Ce n’est pas encore fait.

 Il y en a parmi les partis membres du Fndc qui laissent entrevoir des velléités de candidature.  Qu’en est-il ?
Wait and see (attendons de voir). Je pense que lorsque vous critiquez le fichier électoral et que vous avez le soutien de l’Oif et de la Cedeao sur cette question, si vous n’avez pas des garanties sérieuses que les anomalies vont être corrigées, si vous vous participez, vous risquez de valider le scrutin. Et de ne pas pouvoir dire un jour que ce fichier est corrompu parce qu’on vous dira: malgré tout vous avez participé.  Lorsqu’on prend certaines décisions, il faut savoir qu’elles peuvent avoir une portée beaucoup plus longue que le simple fait de le dire. C’est extrêmement important pour la cohérence et pour la constance en ce qui concerne les idées que nous défendons.

La Guinée et le Mali traversent simultanément une crise sociopolitique. On a l’impression que la Cedeao se focalise beaucoup plus sur Bamako au point d’oublier Conakry.
Les anciens présidents du Nigéria M. Good Luck Jonathan et Nicéphore Soglo du Bénin étaient venus. Ils étaient là comme des éclaireurs. Par après, 4 chefs d’Etat devaient venir à Conakry, mais le président Alpha Condé a exprimé une totale désapprobation par rapport à cette initiative. Cela a douché la Cedeao d’envoyer sa délégation.  Par la suite, il y a eu la Covid-19 qui a amené un contexte morose et d’immobilisme sur la scène diplomatique tant nationale qu’internationale. La Cedeao a voulu s’impliquer à la crise guinéenne, mais les autorités ont marqué un mépris total vis-à-vis de la communauté internationale et ouest africaine. Au niveau de l’Udrg, nous avons écrit à la commission de la Cedeao et aux chefs d’Etat pour leur demander de s’impliquer pour permettre de sauver la stabilité de la Guinée parce qu’elle conditionne la stabilité sur une bonne partie de la sous-région. On verra ce qu’il va s’en suivre. Mais, notre pays est dans une situation de blocage du fait de l’entêtement et de l’obstination du pouvoir de Conakry de refuser tout processus de concertation qui impliquerait la communauté internationale.

 Réalisée par Abdoul Malick Diallo

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