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Troisième mandat: Alpha Condé franchit le point de non-retour

Alors que les partis politiques membres du Front national pour la défense de la Constitution (Fndc) n’arrivent pas à s’entendre sur une démarche commune contre le 3e mandat, Alpha Condé, lui, a déposé sa candidature. Les anciens premiers ministres, Sidya Touré et Lansana Kouyaté ont déjà exprimé leur position tandis que le principal opposant Dalein Diallo reste dans l’expectative.

Après des mois d’une vraie fausse suspense, Alpha Condé, 82 ans, a confirmé, mercredi 2 septembre 2020, être candidat à la présidentielle du 18 octobre prochain. «À partir de maintenant, je m’engage parce que vous (les femmes), vous avez décidé que je m’engage», a lancé par visioconférence à l’adresse de femmes du Rpg Arc-en-ciel qui avaient organisé une manifestation en faveur de sa candidature.

« Candidat des femmes et des jeunes »

Alpha Condé se réclame du soutien des femmes. « Les partis ont parlé, mais ma décision est prise à partir de votre union et votre engagement. Car sans les femmes on ne peut rien faire. (…) Si la Constitution exige que ce soient les partis politiques qui présentent les candidats, moi, je suis le candidat des femmes et des jeunes».

L’officialisation de sa candidature pour un 3e mandat fait craindre des tensions et des répressions brutales des populations. Le Fndc a annoncé de nouvelles manifestations sans pour autant fixer une date. Des mouvements sporadiques ont été enregistrés en haute banlieue de Conakry. Les forces de l’ordre se sont intervenus et un jeune du nom de Mamadou Saidou Diallo, élève, a été tué d’une balle dans la tête, le jeudi 3 septembre à Dar-es-Salam dans la commune de Ratoma alors qu’il revenait d’un tournoi de football en compagnie de ses camarades.

Quelques heures avant l’annonce du chef de l’Etat, la France a exprimé son inquiétude face au « caractère non consensuel du fichier électoral », appelant « l’ensemble des acteurs guinéens, quels qu’ils soient, à la responsabilité, au dialogue et à la plus grande retenue ». La contestation risque d’entrer dans une « phase décisive » étant donné que depuis des mois, des experts ont mis en garde contre les risques grandissants d’une escalade à l’approche du scrutin, avec la concrétisation des intentions d’Alpha Condé. Opposant historique ayant connu l’exil et la prison, Alpha Condé a été déclaré en 2010 président sorti des urnes après des décennies de régimes autoritaires (26 ans de règne de Sékou Touré, et 24 ans de Lansana Conté).

Pour justifier leur soutien à sa candidature, les partisans d’Alpha Condé invoquent son action pour moderniser le pays et attirer les investisseurs intéressés par des réserves minières au potentiel considérable jusque-là inexploitées. Par contre, les opposants l’accusent de dérive dictatoriale. Tandis que les organisations de promotion et de protection des droits humains dénoncent la dégradation observée au fil des années et la répression des manifestations par des forces de l’ordre qui a fait plus de 200 morts depuis son arrivée au pouvoir en 2010. Face aux critiques des américains et des européens, Alpha Condé s’est rapproché de la Chine, de la Russie et de la Turquie, trois pays favorables à un 3e mandat en Guinée.

L’opposition divisée

L’opposition guinéenne membre du Fndc, dont la vocation est d’empêcher le 3e mandat, est plus que jamais divisée sur la question de la participation ou non à l’élection présidentielle du 18 octobre. Les adversaires d’Alpha Condé ne se sont pas entendus sur une démarche commune. L’exigence posée pour le retrait du président sortant de la course n’a plus de sens après que celui-ci ait franchi le point de non-retour en déposant sa candidature à la Cour Constitutionnelle, jeudi 2 septembre.

Sidya et Kouyaté out

Les anciens Premiers ministres Sidya Touré leader de l’Union des forces républicaines (Ufr) et Lansana Kouyaté du Parti de l’espoir pour le développement national (Pedn) ont décidé chacun de ne pas prendre part au scrutin du 18 octobre en optant une nouvelle fois pour le boycott comme c’était le cas pour tous les partis politiques membres du Fndc lors du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars 2020. « On a décidé de ne pas participer à cette élection. Nous nous inscrivons dans la logique du combat que mène le Fndc. Nous pensons que la Guinée a besoin de se refaire. Il faut qu’il y ait de la morale, du respect des engagements pris.

Le président guinéen Alpha Condé

Nous vivons dans une société où l’autorité viole toutes les lois et où tous les repères sont bafoués. Nous pensons que l’avenir de ce pays ne passera pas sans la morale », réagit Saikou Yaya Barry, secrétaire exécutif de l’Ufr. Dans une déclaration publiée jeudi soir, le Pedn a annoncé qu’il va boycotter les élections. «Le Bureau exécutif national du Pedn informe qu’après consultation de l’ensemble des fédérations de l’intérieur et de l’extérieur de la Guinée, de son refus de cautionner la forfaiture, en ne présentant pas de candidat à une élection présidentielle où la candidature illégale du président sortant Pr Alpha Condé est admise». Par contre, le principal parti de l’opposition entretient le suspense.

S’il est vrai que la majorité des fédérations de l’Ufdg ont voté, à l’issue des consultations, pour une participation du parti à l’élection présidentielle, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo n’a pas encore officialisé la décision. Elle devra néanmoins être connue au plus tard ce mardi 8 septembre. L’article 42 de la nouvelle Constitution guinéenne prévoit le dépôt des dossiers de candidature devant la Cour constitutionnelle 40 jours au moins avant la date du scrutin. Du côté de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), affirme son porte-parole Mamady 3 Kaba, la publication des résultats de la révision exceptionnelle du fichier électoral est assujettie à la fin des travaux des experts de la Cedeao.

Ce mercredi 9 septembre (soit 39 jours avant le scrutin du 18 octobre) la Cour constitutionnelle arrêtera et publiera les listes des candidatures validées pour que le lendemain 10 septembre Alpha Condé convoque le corps électoral et ouvre la campagne électorale qui aura lieu du 17 septembre au 17 octobre prochain.

Par Abdoul Malick Diallo

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