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Un dimanche de double scrutin sous tension

Quelques 5. 325 138 électeurs du pays de Camara Laye sont appelés aux urnes ce dimanche, 22 mars, 2020, pour les élections législatives et le référendum sur le projet de modification de la constitution. Ce dernier point cristallise les positions depuis plusieurs mois, avec des manifestations ayant provoqué plusieurs morts.

La double consultation populaire, en Guinée, inquiète la diaspora. Initialement prévu le 28 décembre 2019, le double scrutin a été reporté à plusieurs reprises. Fin février 2020, le président de la République le Professeur Alpha Condé, avait annoncé un report de deux semaines, ce qui ramenait l’échéance au 15 mars. L’opposition et la communauté internationale ayant relevé des anomalies sur les listes électorales. En effet, l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), qui accompagne le processus électoral, en Guinée, a noté que près de 2,5 millions de noms d’électeurs se retrouvaient sur les listes des doublons et des personnes décédées, posaient problèmes. Ces noms ont été rayés des listes électorales, conformément aux recommandations de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). A toutes ces réserves, s’ajoute la préoccupation planétaire du moment, en matière sanitaire.

 Coronavirus

«Plus de 200 000 cas ont été signalés à l’OMS et plus de 8 000 personnes ont perdu la vie dont un enfant », a indiqué ce mercredi, 18 mars, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse virtuelle, soulignant que plus de 80% des cas ont été recensés en Europe et dans le Pacifique occidental. Il a aussi déclaré concernant le berceau de l’humanité : « Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », ajoutant que « Ce coronavirus constitue une menace sans précédent. Mais c’est aussi une occasion sans précédent de nous rassembler contre un ennemi commun, un ennemi de l’humanité». Cette inquiétude est partagée par des hommes politiques guinéens de l’opposition. Dans un entretien accordé à nos confrères de Guineenews.Org, hier jeudi, 19 mars, Bah Oury, fondateur de l’Union des forces démocratiques de Guinée (Ufdg) et membre de l’Union pour la démocratie et le développement(Udd), indexe le dilettantisme avec lequel, selon lui, les pouvoirs publics gère la crise du coronavirus, visiblement d’avantage préoccupés à organiser la double concertation populaire. «Vous savez, ce qui inquiète le monde entier, c’est la pandémie du coronavirus qui est en train aussi bien de s’attaquer à la santé physique des personnes avec des conséquences qui affectent l’économie des pays les plus importants du monde », note-t-il, avant de raviver des souvenirs douloureux en la matière. « Et chez nous qui avons été victimes de la fièvre hémorragique Ebola (2013-2014-2015), avec des infrastructures rudimentaires, on devrait plutôt en tirer les leçons et s’inquiéter beaucoup plus que d’autres. Parce qu’on a vu les méfaits de cette épidémie tant pour les vies que pour les structures économiques».

Climat socio politique tendu

Mais pour Ibrahim Lampy, activiste guinéen, ancien correspondant de Guineenews, à Paris, les enjeux du double scrutin du 22 mars, en Guinée, dépassent le cadre sanitaire du pays. Ces enjeux se situent sur le terrain politique. Et, il pense que tout peut arriver au pays de Laye Camara, ce dimanche : « ça va être très compliqué pour Alpha Condé. Il aurait dû procéder à une modification de la Constitution au tout début de son premier mandat, dans les années 2011-2005. La population aurait mieux accepté les choses. Maintenant, tout dépend de la manière dont les opérations vont se dérouler et de la position de la Communauté internationale», avance-t-il.

Et d’ajouter : « Si la Cedeao, l’OIF ou l’Union africaine valide, in fine, la bonne organisation des élections législatives et le référendum, la tension pourrait retombée. C’est de là que peut venir le salut d’Alpha Condé. Mais, on doit aussi avoir en tête que la dernière résolution des Nations Unies en faveur d’un scrutin inclusif en Guinée, a été votée conjointement

par la Russie et la Chine, bien que ces deux puissances aient reçu, quelques semaines auparavant, la gestion de la bauxite dont la Guinée est le premier pays producteur mondial ».

Même son de cloche chez Mohamed Diallo, originaire de Labé, et qui vit en région parisienne. « Le problème cette double concertation nationale, vient du timing choisi par l’exécutif pour son organisation. Le fait, par ailleurs, d’avoir couplé les deux échéances, laisse penser que le président Alpha Condé a introduit la modification

de la constitution dans référendum, uniquement parce qu’il veut briguer un troisième mandat que l’actuelle loi fondamentale ne lui permet pas », analyse-t-il. M. Diallo est convaincu que si le Professeur Alpha Condé s’y était pris autrement, en se prononçant d’abord clairement sur son retrait de la course présidentielle avant de proposer un référendum sur le changement de la constitution, un peu comme l’a fait le président Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire, personne n’aurait eu à redire. Or, il entretient un flou qui n’a rien d’artistique, pendant que le bilan humain et matériel des manifestations continue de s’alourdir. Le pays retient donc son souffle à 48 heures du double scrutin, ce dimanche.

 Par Jean-Célestin EDJANGUE à Paris

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