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Lettre ouverte au Colonel mamadi Doumbouya sur l’urgence de la refondation de notre Etat et quelques conseils pour une transition qui tiendra toutes ses promesses

Excellence Monsieur le président de la  République 
C’est un devoir absolu, voire une nécessité impérieuse qu’à l’occasion de chaque événement d’une portée historique qui survient dans un État qui se veut démocratique,  que ses filles et fils  prennent la parole pour  un devoir de mémoire.  Sur ce, nous mettons notre  courage et notre détermination à l’épreuve pour vous interpeller sur l’énormité et la complexité des défis auxquels notre pays est  confronté, et vous rappelez  combien de fois il est urgent d’agir pour être utile à la Guinée et à l’histoire.
Nous devons vous faire savoir nos opinions intelligentes, sensées qui sont soit en accord soit en désaccord avec les vôtres, parce que nous avons en commun la Guinée,  à laquelle nous devons tous, honneur et grandeur.  En effet, c’est à  vous de faire de votre histoire une légende en construisant  une nation portée par la volonté de la réconciliation, par l’énergie de l’unité nationale. Une nation capable de réveiller en nous l’orgueil patriotique et démocratique, de nous pousser vers un sursaut national pour une Guinée neuve, qui renaîtra tous les jours désormais.
Soyez différent de vos prédécesseurs, agissez différemment d’eux. Défiez les sirènes révisionnistes qui pourront vous conduire vers le chemin qui mène à la grande prison de l’histoire. Évitez le chemin qui avait toujours été marqué par la déception, la désillusion et le désenchantement.  Nous devons clore les cycles de gestions calamiteuses, fermer les portes aux opportunistes, finir avec les chapitres de la politisation à outrance de l’administration, des liens sociaux et politiques. Consacrez-vous de plus en plus au travail, à la quête de l’intérêt général.  Pensez de moins en moins au privilège du pouvoir.
Monsieur le président, 
Résistez à la tentation du pouvoir jusqu’au bout de la  transition. Sachez qu’il n’est rien de pire que de trahir un peuple à bout de souffle, qui n’a d’espoir que vous comme “l’ultime salut”. Certes, vous avez risqué votre vie et votre jeunesse en prenant le pouvoir, et ne perdez pas de vue que nous pouvons risquer les nôtres pour vous le retirer en cas de dérive et de dérapage.  L’histoire de notre pays est  douloureuse, trop sérieuse, pour que vous vous permettiez de prendre des risques comme celui de vous éterniser au pouvoir. Ne tombez jamais dans une sorte de transe, d’euphorie du pouvoir.
Retenez que les guinéens se souviendront de toutes ces années de lutte acharnée, parfois au prix des vies humaines pour reprendre le flambeau de l’espoir et perpétuer l’Etat de droit. Et ils seront prêts à reprendre le combat si les conditions deviennent défavorables. Ayez constamment à l’esprit que la Guinée et les guinéens vous feront payer tout ce qu’un jour ils auront enduré en termes de mauvaise gouvernance faite pendant votre règne.
Excellence Monsieur le Président 
C’est une vérité historique et qui a toujours résisté à l’usure du temps, que le pouvoir de l’homme, fût- il redoutable, disparaîtra. Il ne restera que l’amour que vous aurez  cultivé, le respect de la parole  donnée et celui des engagements que vous aurez témoignés,  l’humilité et la modestie qui sont à la base de toute grandeur d’âme que vous aurez enseignées, l’honneur qui vous permettra de figurer au Panthéon des personnalités marquantes des siècles précédents que vous aurez inspiré.
N’oubliez pas qu’il y a des plaies à panser, des injustices sociales et politiques qui ont lieu à des moments donnés  de l’histoire politique de notre pays qu’il faut réparer.  Vous avez une obligation envers le peuple de Guinée: montrez l’homme providentiel et  libérateur que vous êtes, qui respecte sa parole d’honneur.
Souffrez pour la Guinée, souffrez pour tout et contre tout, pour que les guinéens soient heureux.
 Monsieur le Président,  
Apprenez aux guinéens à oublier, à s’ouvrir à l’amour, à la fraternité et au pardon. Recousez le tissu social  déjà déchiré. Vous n’avez qu’un seul choix , celui de mériter la confiance du peuple de Guinée et honorer la mémoire de nos devanciers qui ont payé par le prix du sang, la cause de cette liberté si durement conquise. Protégez ce que nous pensons acquis: L’ÉTAT DE DROIT.  Gardez le souvenir et honorez la mémoire de vos frères d’armes qui sont tombés  pendant cette opération de libération. Vous devez réaliser qu’il existe un rêve et un idéal pour notre pays : c’est de bâtir une nation sur les valeurs et principes démocratiques.  Impulser une nouvelle dynamique pour un nouveau souffle. Reconquérir notre place sur l’établissement politique international.
N’acceptez pas que les guinéens disent à l’issue de cette transition :  nous étions satisfaits, armés d’espoir et d’espérance quand vous avez repris le pouvoir , mais insatisfaits et déçus de vos actes et résultats obtenus. Le plus grand échec qui puisse arriver à un homme d’Etat, c’est l’incapacité à redorer le blason de ton pays, après tant d’échecs et de désespoir;  c’est de n’être pas à la hauteur des aspirations de son peuple pendant qu’il misait sur lui; c’est de trahir la confiance de ses élites et de ses intellectuelles, après lui avoir renouvelé leur confiance et leur estime. Nous ne souhaitons pas que cela vous arrive, c’est pourquoi nous vous interpellons afin que les hommes et l’histoire soient notre témoin.
Excellence Monsieur le Président de la République,
En vous souhaitant excellente réussite dans votre noble, délicate et exaltante mission, je vous prie de croire à l’expression de ma très haute considération.
Mohamed Haadji Chérif
Licencié en Lettres moderne à l’Université de Kindia
Licencié en Droit à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université de Sonfonia

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