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Guinée : la liberté de la presse à rude épreuve !

Entre le régime d’Alpha Condé et la presse privée guinéenne, ce n’est pas le parfait amour. Et cela, depuis toujours. Les journalistes sont souvent victimes de menaces et de persécutions depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en Guinée. Ce qui traduit une atteinte grave à la liberté de la presse dans ce pays où l’état de santé de la démocratie, la question des droits de l’homme et le respect de la constitution sont décriés dans le débat public.

De nos jours, être homme de presse en Guinée, c’est de s’armer de courage. Les menaces, les intimidations et les condamnations sont récurrentes dans les rangs des journalistes dans l’exercice de leur profession. Les convocations deviennent de plus en plus fréquentes. Le cas le plus récent, est la condamnation le 12 janvier dernier, de trois journalistes de la radio Nostalgie FM, notamment Thierno Madiou Bah, Sidi Diallo et Ibrahima Sory Lincoln Soumah par le tribunal de première instance de Kaloum à deux mois de prison assortis de sursis et au paiement de 500.000 francs guinéens d’amende chacun.

Quelques semaines avant, ce sont les journalistes Youssouf Boundou Sylla du site d’informations Guineenews.org, Ibrahima Sory Traoré de Guinee7.com et Moussa Moise Sylla d’Inquisiteur.net qui étaient appelés à comparaitre au même tribunal sis en plein au cœur de Kaloum. Ces personnes sont accusées de diffamation par la ministre de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle et de l’Emploi, Zenab Nabaya Dramé. L’on se rappelle, cette affaire a soulevé des poussières et fait les choux gras de la
presse locale. Dame Dramé est accusée par des journalistes, de détournement de fonds de 200 milliards de francs guinéens. Au final, le TPI de Kaloum a fini par renvoyer la partie civile à mieux se pourvoir.

Que dit la loi sur la liberté de la presse ?

En Guinée, les délits de presse sont régis par la loi L002 portant sur la liberté de la Guinée. Cette loi interdit la condamnation d’un journaliste pour délit de presse. Mais pour contourner cette loi, les magistrats utilisent la loi L037 sur la cyber sécurité et la protection des données à caractère personnel du code pénal pour condamner les journalistes. Une pratique qui a toujours été dénoncée par les différentes associations de presse en Guinée.

Au cours d’une rencontre avec les responsables de ces associations de presse le vendredi 15 janvier dernier, le ministre de la justice Mory Doumbouya a lui-même reconnu qu’en République de Guinée, « la seule loi applicable en matière de délit de presse, c’est la loi sur la liberté de presse qui est celle de la loi L002 ».

Ces derniers temps, beaucoup de journalistes ont fait l’objet de poursuites. Certains ont même passé des jours en prison. C’est le cas de Lansana Camara du site Conakrylive.Info, qui avait été incarcéré le 27 mars 2019 à la Maison centrale de Conakry. On lui reprochait d’avoir révélé dans une enquête une affaire de surfacturation au ministère des Affaires étrangères. Dans cette affaire, il a fallu que l’ensemble de la corporation se mobilise pour que M. Camara obtienne sa liberté.

Le mois d’août de la même année, ce sont les responsables de la radio Lynx FM qui sont convoqués à la Direction de la Police Judiciaire (DPJ) pour répondre à une plainte du Procureur de la République suite à une intervention de Mme Doussou Condé au cours de laquelle elle a égratigné le pouvoir d’Alpha Condé. Les deux journalistes notamment, le doyen Souleymane Diallo, le PDG et le directeur général de ladite radio avaient été placés sous contrôle judiciaire.

Outre les cas de condamnation, de nombreux journalistes sont souvent violentés et leurs matériels de travail détruits sous le coup de l’exaction des forces de l’ordre pendant les manifestations politiques. Illustration : Ahmed Tidiane Diallo du journal L’Indépendant et Démocrate avait été arrêté et conduit à la Police Judiciaire lors d’une manifestation de l’opposition contre le troisième mandat.  Abdoul Malick Diallo du site Aminata.com a vécu le même cauchemar en pleine journée.

Ce jeune journaliste avait été passé à tabac par la garde présidentielle alors qu’il couvrait une manifestation au siège du parti présidentiel. Il n’est un secret pour personne. La crise politico-ethnique attisée par les hommes politiques se reflète dans la société. Les journalistes sont parfois menacés à cause de leur patronyme. Ils sont accusés d’être proches de l’opposition notamment, Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition guinéenne.

En 2013, le journaliste Nouhou Baldé avait été menacé de mort suite à une information qu’il avait publiée selon laquelle le chef de file de l’opposition faisait l’objet d’une éventuelle élimination physique.  La même année, Mamadou Sarifou Barry et Abdoulaye Bah du site d’informations Guineenews avaient également subi de menaces de mort. Ils avaient reçu un courrier dans lequel leurs noms avaient été cités, où il était mentionné de les identifier physiquement. Pendant les dix ans de pouvoir d”Alpha Condé, plusieurs journalistes ont trouvé la mort dans des circonstances obscures. Tout d’abord, Cherif DIALLO, Journaliste Reporter d’Images (JRI) du groupe Hadafo Médias qui a disparu le 23 juillet 2015. Depuis cette date, personne n’a de ses nouvelles. Quelques jours après sa disparition, ses effets personnels ont été retrouvés en bordure de mer par des pêcheurs.

Une année après, plus précisément le 5 février 2016, Mohamed Koula DIALLO, correspondant du site Afrik.com en Guinée et journaliste du site d’informations Guinée7.com est fauché par balles au cours d’un meeting politique au siège de Cellou Dalein Diallo, principal opposant d’Alpha Condé. Sans parler du cas de Abdoulaye Bah, tué dans un accident de circulation alors que le coupable court toujours. La suite, on la connait, le dossier a même été classé.

Classement 2020 de Reporters Sans Frontières (RSF) sur la liberté de la presse. La Guinée a perdu trois places par rapport au classement de l’année 2019. Du 107e place, la Guinée se trouve en 2020 au 110e, derrière la Côte d’Ivoire (68e place), le Sénégal (47e). Reporters Sans Frontières fait un réquisitoire sévère à l’endroit du régime Alpha Condé : « En Guinée, le régime du président Alpha Condé n’est pas tendre envers la presse. Le président tient souvent des propos sévères envers les médias nationaux et internationaux, et les organisations de défense de la liberté de la presse.

Les autorités tentent régulièrement de censurer les médias critiques du pouvoir sous prétextes administratifs ou juridiques. Ces dernières années, l’accréditation du correspondant de RSF et RFI a été suspendue à la suite d’une enquête sur la responsabilité présumée de militaires dans la mort de deux hommes. Plusieurs journalistes étrangers ont également été contraints de quitter le pays… »

Internet coupé

Au cours de l’élection présidentielle controversée du 18 octobre dernier, après la proclamation des résultats qui a permis à Alpha Condé de briguer un troisième mandat, le signal Internet a été coupé dans tout le pays. Les opposants accusent le régime de vouloir empêcher la diffusion sur les réseaux sociaux des bavures policières contre les manifestants qui protestaient contre la publication des résultats de l’élection présidentielle par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). L’Internet a été rétabli au mois de décembre dernier. Cette coupure d’Internet a beaucoup affecté les médias en ligne ainsi que les blogueurs et d’autres utilisateurs.

En plus de couper le réseau Internet, le site d’informations Guineematin a été suspendu pour un mois par la Haute Autorité de la Communication (HAC) pour avoir publié les résultats issus d’un bureau de vote sur la page Facebook dudit média, alors que la loi ne l’interdit pas. Au regard de tous les agissements du pouvoir Alpha Condé contre la presse locale, il va s’en dire que la Guinée traîne toujours le pas vers l’accession d’une véritable démocratie et d’un État de droit sain. Bien dommage !

Alpha Diaby

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