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Peut-on parler d’alternative générationnelle sans alternance mentale en Guinée ?

Chercheuse à l’université de Hambourg, Aissatou Chérif Baldé est une icône opposée au projet de nouvelle Constitution. Elle ne rate aucune occasion de brocarder les travers du régime Alpha Condé. Elle a rédigé cet article suite à l’appel du président ivoirien Alassane Ouattara à transférer le pouvoir à une nouvelle génération. Une «alternative» qu’elle ne réfute pas d’emblée, mais son souhait est que le cap soit plutôt fixé sur «l’alternance mentale». Et pour cause ?  La boulimie du pouvoir et de l’argent facile soutiennent la corruption et par-dessus tout à la manipulation. Bonne lecture !

Lorsque l’on observe le paysage politique guinéen de manière simpliste, nous pourrons dire de manière hâtive  que le rêve d’une alternative générationnelle est permis en Guinée, du moment où de nos jours la quasi-totalité de la jeunesse guinéenne pense que seule la politique constitue la clé de la réussite et chacun s’y met sans pour autant être conscient des responsabilités politiques que l’on doit avoir.

Tantôt  activistes, tantôt communicateurs de partis politiques, tantôt syndicalistes. Bref, tout le monde aspire aujourd’hui à faire de la politique dans mon pays la Guinée. Et pourtant, la jeunesse politique guinéenne, à l’image de ses dirigeants politiques, pèche le plus souvent dans leurs discours violents faits dans l’invective que dans l’argumentaire et le raisonnement.

Beaucoup d’entre eux pensent que jeunesse politique doit rimer avec insolence, insanité, ethnocentrisme, démagogie, oisiveté. Cependant, le discours politique des jeunes ne doit pas être de caniveau, de va-t-en-guerre, de rivalité politique.

A mon avis, un discours politique doit être celui de la construction, de rappel de ce qui nous lie et des engagements que nous prenons vis-à-vis des populations que nous sommes censés défendre; un discours articulé autour de valeurs et principes, dans une approche bien guinéenne, c’est-à-dire imbu de nos valeurs qui vont de pair avec notre éducation familiale.

En effet cette situation alarmante devrait être le souci majeur de toutes les formations et acteurs politiques guinéens soucieux d’avoir une relève digne d’une société épanouie et démocratique. Car la jeunesse politique guinéenne est le plus souvent la proie facile des hommes politiques, qui les utilisent comme leurs boucliers pendant les campagnes électorales, ou tout simplement comme des «caisses de résonance» pour répondre ou s’attaquer à des adversaires politiques.

Des jeunes guinéens jouant de tels rôles nocifs en Guinée sont très nombreux aujourd’hui et leur attitude très inquiétante pour le futur de ce pays.

L’arrivée de tels jeunes dans le milieu politique guinéen est soutenue et rendue possible et par la mouvance et par l’opposition politique. D’où la dangerosité de ce nouveau phénomène rendu entre aussi possible grâce à l’émergence des nouveaux médias, notamment les réseaux sociaux. Et malheureusement c’est pourquoi ces politiques ne  pensent ni de loin ni de près à mettre fin à cette façon malsaine de faire de la politique.

Et cette lutte s’avère être pour ces formations politiques peu importante, qui d’ailleurs n’ont aucune structure ou un centre de formation voué à la formation des jeunes au leadership, en terme de responsabilisation, en terme de mécanismes de préparation au leadership. C’est comme s’ils étaient foncièrement contre  l’alternative générationnelle.

Tantôt réclamée, tantôt proclamée par les jeunes générations d’hommes et de femmes en Guinée, l’alternative générationnelle aura du mal à prospérer dans une telle situation. Et l’espoir d’une alternative générationnelle n’est possible que lorsqu’il y a une alternance mentale afin d’empêcher la nouvelle génération de reproduire les mauvaises pratiques de leurs prédécesseurs. Sinon à quoi sert une alternative générationnelle si le même mode de gestion et de fonctionnement est reproduit avec les mêmes erreurs. Elle n’aura, à mon avis, aucun sens; elle ne sera juste qu’un slogan.

Ce qui est encore plus alarmant c’est le soutien  d’une partie de la jeunesse politique issue de la diaspora à un tel système juste pour avoir de la place sous le soleil, au lieu de travailler pour empêcher la reproduction des systèmes politiques et les tares qui jusque-là freinent le développement socioéconomique de notre pays. Avec cette attitude la diaspora est aussi comptable du passif politique au même titre que les anciens et actuels tenants du pouvoir. Pour finir, vouloir une alternative générationnelle sans alternance mentale, c’est vouloir une chose et son contraire.

Donc, jeunesse politique guinéenne, il est temps d’apprendre à réadapter votre discours et surtout de se lancer dans la promotion de la compétence civique avec le nécessaire apprentissage de la citoyenneté pour qu’enfin le peuple de Guinée puisse jouir pleinement et équitablement des ressources de ce pays. Et surtout d’avoir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Car rien n’est impossible pour une jeunesse avec une forte dose de culture politique et de compétence civique, dès lors qu’elle comprenne son rôle et accepte de le jouer pleinement.

Par Aissatou Chérif Baldé

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