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Son projet de nouvelle constitution présenté : Condé, le Game master

L’appel des anciens présidents Béninois et Nigérian à mettre fin à la «comédie» qui se joue depuis peu en Guinée a été pris comme un message « totalement irrespectueux » à l’endroit d’un ‘‘gouvernement souverain’’. Les faits sont têtus. Depuis, Alpha Condé a posé des actes.

La suite de cette réaction tonitruante, on la connait. Quelques jours seulement après avoir offert un repas et donné au-revoir au duo Soglo-Jonathan, le président Alpha Condé a présenté (le 19 décembre 2019) son projet de nouvelle constitution.

Eaux troubles

Qui, dit-il, « fera l’objet d’une large vulgarisation avant son adoption par le peuple souverain ».  Pour cela, il a déclaré avoir « instruit » le Garde des Sceaux Mamadou Lamine Fofana, et tous les autres des départements ministériels concernés « d’organiser des explications approfondies sur les principales articulations du projet».

A son entendement, ce procédé classique utilisé en Afrique par certains de ses devanciers pour s’agripper au fauteuil présidentiel devrait permettre aux « population de s’approprier le contenu et de se prononcer le jour venu pour ou contre en toute connaissance de cause ». Pour réussir ce défi, Alpha Condé s’est rendu maître du jeu habitué qu’il est aux eaux troubles du marigot politique guinéen. Dans cette voie, il devra croiser le fer avec les activistes de la société civile guinéenne et les leaders de formations politiques très farouchement opposés à son projet.

Tenez ! Le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), à l’origine des récentes manifestations souvent réprimées dans le sang, est vent débout à l’image du mouvement  Y’en a marre qui a fait battre Abdoulaye Wade au Sénégal ou encore du Balai citoyen qui a bouté hors des frontières burkinabè Blaise Compaoré.

Les meneurs du Fndc sont requinqués par le message appuyé de la communauté internationale soucieuse de la sauvegarde des institutions et de la Constitution en vigueur en Guinée. Le même message exprimé par les anciens présidents béninois Nicéphore Soglo et Goodluck Jonathan lors de leur rencontre avec les membres de la Société civile guinéenne à Conakry, selon lequel « il y a une vie après la présidence».

Toutefois, pour contraindre Alpha Condé à renoncer à son projet qui pourrait éventuellement lui ouvrir le boulevard de la présidence à vie, le Fndc a fort à faire. Surtout pour un front de son genre coordonné par un Abdourahamane Sano ancien ministre de l’Agriculture sous le régime Dadis Camara réputé austère, bien évidemment, mais qui laisse certains de ses lieutenants (issus pourtant de la Société civile) à s’inviter dans une réunion politique…

Il ne faut pas avoir inventé le fil à couper le beurre pour comprendre que face à un opposant historique devenu chef de l’Etat et qui s’est donné comme modèles Barack Obama et Nelson Mandela, qui, à l’approche de la fin de son second et dernier mandat constitutionnel, s’évertue à traiter ses potentiels successeurs de tous les noms d’oiseaux avant de leur jeter à la figure un projet de changement de constitution devant faire passer de 5 à 6 ans la du-rée de mandat. Alors qu’Obama est parti droit dans ses bottes après ses deux mandats, et Mandela a trouvé utile, quant à lui, de partir du palais présidentiel sans conquérir un second, laissant ainsi à la postérité une Afrique du Sud réconciliée avec elle-même et un Etat à visage humain respectueux des principes et des valeurs qui fondent la bonne gouvernance.

Duel au sommet

Pour venir à bout du projet rejeté en bloc par son allié du Fndc, l’opposition, jusque-là désarçonnée par les coups bas de certains de ses ténors abonnés aux agréments et à la soupe du Palais Sékhoutouréya,  commence à sortir la tête de l’eau. Ces dernières semaines, elle a montré des signaux susceptibles de la guider vers un nouvel élan solidaire.

Fondamentalement, ce front commun en gestation, ressemble à une union sacrée pouvant contraindre la galaxie Condé à maintenir le wagon-Guinée sur les rails de l’alternance au pouvoir par les urnes (c’est le souhait du Forum des anciens présidents d’Afrique. Arrivés à Conakry investis du pouvoir ouest-africain de sauver la case de tout voisin en conflit avec les règles gouvernant l’alternance démocratique et le principe selon lequel ‘‘entre deux maux, il faut choisir le moindre’’), reste handicapé par la tyrannie de ses agiotages égocentriques.

Néanmoins, la question essentielle est maintenant de savoir quelle sera l’issue de ce nouveau bras de fer entre le Premier magistrat guinéen ayant été installé au pouvoir à l’issue de la douloureuse transition militaire de 2010 et les gardiens de la sacralité des institutions porteuses des fruits de l’alternance au pouvoir dans l’espace ouest-africain…

En terme simple, qui sera à la place du Pot de fer ou du Pot de terre ? La réponse à cette question est attendue. Elle édifiera davantage l’opinion sur la fiabilité du devoir historique de la Cedeao de faire sauver la case du voisin par ses vertueux dirigeants ayant tous deux passé le relais après avoir rempli leur mission à la tête de leurs pays respectifs.

Par Le Populaire

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