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Hommage au baobab de l’histoire Mandingue

Historien, écrivain et dramaturge, le Pr Djibril Tamsir Niane s’est éteint le 8 mars 2021 à Dakar au Sénégal à 89 ans des suites du coronavirus. Considéré comme le plus grand spécialiste de l’histoire du Mandé, notamment l’Empire du Mali, il a écrit plusieurs ouvrages dont le classique de la littérature africaine «Soundjata ou L’épopée mandingue».

Avec la disparition du professeur Niane, c’est toute l’Afrique culturelle qui perd l’un de ses intellectuels les plus féconds et les plus éminents. L’homme qui naquit le 9 janvier 1932 à Conakry, en terre guinéenne sous la colonisation française, est mort le 8 mars 2021 à Dakar.

Echos de l’hommage

Vendredi dans la capitale sénégalaise, les autorités de son pays d’adoption lui ont rendu un vibrant hommage en présence de l’ambassadrice de Guinée dans ce pays voisin, Mme Aminata Kobélé Keita.

Les intellectuels sénégalais ont salué le «monument» qu’il était. Un terme prononcé par l’éminent professeur Abdoulaye Bathily qui, au nom du Département d’histoire de l’université Cheikh Anta Diop, a honoré la mémoire de l’historien qui, a-t-il souligné, a «fondamentalement modifié les perspectives de l’histoire africaine (…) non seulement à travers la découverte qu’il a fait de l’histoire du Mandingue, mais également, son œuvre générale, avec sa contribution à l’écriture de l’Histoire générale de l’Afrique.»

Quant à lui, l’ancien ministre, ancien ambassadeur du Sénégal en Guinée, Makhili Gassama, a témoigné que «ni l’adversité ni la tyrannie des uns, ni l’indifférence hautaine et ridicule des autres ne l’ont désarmé dans un combat pour la reconquête de la dignité de sa communauté, pour ne pas dire de sa race, aussi pour la dignité et le développement de l’Afrique.»

Lundi, à Conakry, où le corps du Pr Djibril Tamsir Niane est arrivé,  en début de matinée, les autorités guinéennes ont tenu à marquer le deuil. Un symposium est organisé au Palais du peuple pour rendre un dernier hommage au célèbre historien, écrivain et dramaturge.

Ecrivain fécond

Le professeur Niane était un écrivain fécond. Si son ouvrage le plus célèbre reste le classique Soundjata ou l’épopée Mandingue, paru en 1960, il faut noter que le Guinéen, le grand Africain tout court,  est l’auteur de nombreux ouvrages dont le premier est intitulé : Recherche sur l’empire du Mali au Moyen Age, paru en 1959. C’était son mémoire de recherche à l’université de Bordeaux en France.

A cela s’ajoute une longue liste d’écrits comme L’Histoire de l’Afrique occidentale, publié en 1961 et coécrit avec le français Jean Suret-Canale. Sa participation à la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, en 1970, sous l’égide de l’Unesco, a contribué à faire du Pr Djibril Tamsir Niane, l’un des spécialistes incontestés de l’histoire du continent africain, et le placer parmi les plus consultés, les plus adulés et plus respectés dans le monde.

L’itinéraire de la dépouille mortelle du professeur Niane

La dépouille mortelle du Pr Djibril Tamsir Niane arrive de Dakar le lundi 15 mars 2021. Levée du corps à l’aéroport de Conakry-Gbessia. Au Palais du peuple, situé à l’entrée de de Kaloum, l’une des cinq communes de Conakry qui abrite l’essentiel des ministères régaliens et des édifices administratifs, le symposium débute peu dans l’après-midi sous le merveilleux chapiteau. Le président Alpha Condé fait son apparition. Il se recueille devant la dépouille mortelle et quitte les lieux. Laissant aux côtés de la famille éplorée et de l’imposante délégation de 28 membres venus du Sénégal, le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Damaro Camara, et le Premier ministre, Kassory Fofana, ainsi que plusieurs  autres membres du gouvernement, des diplomates, des acteurs du livre, des personnes connues et anonymes. La lecture de l’oraison funèbre est à l’honneur du ministre d’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Aboubacar Sylla qui magnifie le «riche héritage» du professeur Niane.

Le Directeur du musée national sénégalais, Hamadi Bokoum,  rassure que son pays aidera à la vulgarisation de l’œuvre de  l’illustre disparu. Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), Georges Alfred Kizerbo fils de l’historien Joseph Ki-Zerbo, affirme que son «humanisme» et sa «rectitude et d’excellence, nous inspirera». Le Vice-président de l’Association des écrivains de Guinée, Alhassane Chérif, salue la mémoire du grand écrivain. Au nom des petits-fils, Tamsir Niane souligne que «grand père (…) nous a transmis le poids de l’authenticité et la chaleur réconfortante de l’amour et de la fraternité». Tout à tour, ses enfants Raliatou Fifi Tamsir Niane, Bachir Tamsir Niane et le journaliste Daouda Tamsir Niane, tirent le chapeau à la tenue de ce symposium honorifique.

Ibrahima Kassory Fofana promet que «l’immense héritage qu’il nous a légué», trouvera «une place de choix dans nos écoles et dans nos universités». La Djanaza dite, le cortège funèbre arrive au Cimetière Cameroun où l’inhumation a lieu suivant les normes du protocole sanitaire en vigueur.

 Par Ahmed Tidiane Diallo, en France
et Gordio Kane (Guinée)

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