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Lutte contre le Coronavirus en Guinée : Des mesures incohérentes

Le Coronavirus que la communauté scientifique a dénommé Covid-19  sévit dans le monde depuis quelques mois. Apparu à la fin de l’année 2019 en Chine, le virus aux origines multiples et incertaines, s’est transformé en une épidémie mortelle. Son extension en a fait une pandémie qui, à ce jour, a fait plus de 157 mille morts. Il faudrait comprendre le chaînon pour mieux appréhender la maladie.

Le Coronavirus du covid-19 : une généalogie qui se régénère

Le coronavirus ne date pas de cette année. C’est un virus qui mute et comme tel devient de plus en plus dangereux et difficile à cerner médicalement ou scientifiquement. Cela expliquerait le nombre de morts qu’il engendre malgré son taux de mortalité apparemment faible.

En effet, la mortalité engendrée par le Covid-19 dépasse de loin celle de toutes les épidémies jusque-là connues : Ebola dans les années 70 et 2014 (RDC ; Guinée…) ; le SRAS-CoV, en 2002-2003 (Arabie-Saoudite) et le MERS-COV, 2012-2013 (Chine).

Le SARS-CoV-2 qui serait partie de la métropole chinoise de Wuhan, serait très proche, sur le plan virologique, du SRAS-CoV. Ils appartiendraient tous les 2 à la même espèce et le CoV-2, dénommé Covid-19 ne serait qu’un mutant du premier CoV.

Le Covid-19 pourtant déclaré bénin à près de 80% est d’une agressivité fulgurante et d’une contagiosité inouïe. C’est en cela qu’il a pris tout le monde de court. Son extension, en termes de temps de transmission d’un humain à un autre serait estimée à 5 minutes. Pire, pour un sujet malade, il faudrait compter au moins 3 personnes contaminées. Toujours avec la même rapidité. Autant dire que le défi pour juguler la maladie est de taille et la tâche ardue.

Combattre le Covid-19 : des méthodes différentes pour une fin identique

Face au virus, chaque pays agit selon ses moyens, sa politique intérieure tant sur les plans sanitaire, économique que stratégique. L’épidémie a montré la vulnérabilité des États et des gouvernements : grands ou petits. Les puissances occidentales n’ont jamais été aussi impuissantes et les pays émergents comme la Chine aussi submergés.

Les pays africains, on s’en doute, sont parmi les plus exposés aux conséquences de la pandémie. Là encore, les politiques diffèrent. Les États, voire les Chefs d’États prennent des mesures plus ou moins audacieuses, adaptées ou laxistes.

Qu’en est-il de la Guinée ? Sans entrer dans la polémique de la tenue du double scrutin du 22 mars 2020, dont les raisons sont, à mon avis, ailleurs, je ferai une analyse objective de la situation guinéenne.

Notre pays a des atouts. Le tout, c’est de savoir s’il les a exploités ou s’il a la volonté de le faire. En effet, Ebola, on l’a vu, est plus ou moins proche, du moins en termes épidémiologiques du SARS-COV dans ses variantes. Si les symptômes ne sont pas tout à fait similaires, les effets sont les mêmes : des morts en grand nombre. Incontestablement donc, l’expérience du passé pourrait nous servir. Mais, tout semble indiquer que tel n’est pas le cas pour le moment. Les raisons sont multiples et je n’évoquerai que celles qui me semblent essentielles.

Les raisons politiques 

Ingérable politiquement compte -tenu de la tension née, dans le cas présent, du contexte électoral, la Guinée ne semble pas parler de la même voie face à l’épidémie Covid-19. Quand les uns, en l’occurrence le pouvoir parle de maladie, l’opposition dénonce l’irresponsabilité dudit pouvoir qui a exposé les Guinéens en maintenant « un scrutin inopportun et problématique ».

Le même pouvoir se montre opaque quant à l’état d’avancement de la maladie, du nombre de personnes contaminées ou susceptibles de l’être. Nul ne connait, non plus, les vrais chiffres de contamination quotidienne, comme cela se fait ailleurs. On ignore tout autant le nombre de contacts probables compte-tenu des fréquentations familiales, sociales ou professionnelles.

Le nombre de personnes en réanimation, en soins simples ou intensifs est des plus opaques. Les derniers cas de décès, dont celui du président de la Céni est révélateur. Tout le monde a appris sa disparition comme s’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un suicide tellement sa maladie a été tenue secrète.

Il en est de même des contagions de hautes personnalités de l’Etat et de l’administration.  Les seules informations dont disposent les Guinéens viennent des fuites. Hélas, certaines personnalités n’hésiteraient pas à braver les recommandations des médecins en refusant obstinément de se faire hospitaliser pour rentrer à domicile. Tant pis pour leurs proches et la société.

Sur le plan sanitaire et médical

Les difficultés politiques sont renforcées par ce qu’on pourrait appeler la misère sanitaire. Classée au 24e rang des 25 pays pauvres d’Afrique, avec un revenu de 926 dollars de PIB, la Guinée manque d’infrastructures sanitaires et les soins les plus élémentaires ne sont pas assurés. Il n’est pas étonnant que l’état de dénuement ou de pauvreté soit l’un des plus aigus du monde.

L’absence d’infrastructures de santé oblige l’État  à entasser les malades du Covid-19 dans un seul centre hospitalier : Donka.

Nul n’ose imaginer ce qui pourrait arriver si l’épidémie se propageait à l’intérieur du pays.

Le risque d’une réelle extermination due à l’épidémie guette le pays d’autant plus que le poids du social est très marqué. L’attachement aux valeurs ancestrales faites de célébrations de tout genre : baptême, mariage et autres Mamayas futiles sont des terreaux de propagation et sources potentielles de morts.

S’y ajoutent les cérémonies liées aux décès et enterrement. Dans un pays où ne pas se déplacer pour adresser des condoléances ou assister à un enterrement vous fait passer pour un asocial, voire un ennemi de la famille éplorée, il n’est pas évident de confiner les gens.

Cependant, un facteur nouveau pourrait y aider. Il s’agit du religieux dont le poids semble l’imposer à tout le monde : les mosquées sont vides et les muezzins muets. C’est l’un des facteurs qui pourrait être exploité par l’État, car il ne serait pas très difficile de faire comprendre à un croyant que la Kaaba a été fermée tout comme la Basilique de Rome.

Le facteur social rend donc, très difficile, ce qui est convenu d’appeler la distanciation sociale ou les gestes barrières.

Dans tous les cas, il va falloir s’adapter et comprendre que, ne pas se serrer la main peut sauver une vie. La tâche sera compliquée d’autant plus que les dispositions prises à ce jour ne semblent pas être à la portée des enjeux.

Des mesures insuffisantes et incohérentes Face à un danger mortel

Les actions entreprises face au coronavirus semblent indiquer que le pouvoir guinéen croit plus à l’opacité qu’à la transparence. Devrait-il savoir que jouer franc, parler objectif, montrer les vrais chiffres ou les prévisions objectivement établies par les spécialistes seraient la meilleure solution.

Face au peu de transparence, il y a la fragilité, pour ne pas dire la médiocrité, des mesures de prévention. Là où les grandes puissances imposent un mètre de distance entre 2 personnes, la Guinée propose 3 passagers dans un taxi de quelques dizaines de centimètres. Les gestes barrières : tousser, éternuer dans le coude ou un mouchoir jetable ne sont pas évoqués.

Quand les autres imposent le confinement total, notre pays fixe des tranches horaires journalières. A croire que le virus serait comme le soleil : se lever le matin et se coucher le soir. Non, le Covid-19 est de tout instant, de toutes les heures de la nuit et du jour. Il n’est ni noctambule ni diurnal. Il est omniscient.

Réunir quelques médecins devant caméra et élever la voix ne suffiront pas non plus à sauver les Guinéens du Covid-19.

On le voit donc que les dispositions prises sont jusque-là insuffisantes et inopérantes. Les réactions sont tout aussi timorées. Voire absurdes. On pourrait me rétorquer qu’il y a la misère et qu’on ne peut pas confiner les gens. C’est un fait. Mais à qui la faute, si ce n’est à l’Etat, qui n’a pas créé les conditions sociales et économiques pouvant assurer le minimum de revenu et de bien-être aux Guinéens ?

Au finish, il n’est donné aux Guinéens qu’un seul choix : sortir de 6 heures du matin à 21heu-res avec tous les risques de contracter le virus ou se confiner et mourir à la maison par le virus de la faim.

Les fausses promesses et le tape-à-l’œil envers les citoyens  

L’État guinéen, dans sa recherche de solutions au covid-19, promet à ses citoyens la gratuité de deux denrées rares, quasi-inexistantes : l’eau et l’électricité.

Disons seulement que les citoyens sont plus habitués à payer le manque (tous les mois ils payent le courant qu’ils n’ont que 2 jours tout au plus par semaine) que la gratuité de ce qui existe. L’État doit être plus responsable. L’irresponsabilité d’un citoyen peut être pardonnable, celle de l’État et de ses représentants ne peut l’être.

L’Etat doit prendre les bonnes initiatives et les décisions adéquates. Tel n’est pas, non plus, le cas en baissant le prix du carburant de mille francs alors que le cours international du pétrole est au plus bas.

Convoquer la session inaugurale du parlement pour le 21 avril 2020 relève de l’irresponsabilité des plus inouïes. Ce projet doit être purement et simplement annulé.

Le sommet de l’État et de l’administration guinéenne est suffisamment infecté avec le nombre de morts et de cas avérés pour réunir plus de dix personnes dans une salle fermée si grande soit-elle. Disons qu’il faut être totalement irresponsable et manquer toute affection et amour pour sa famille pour aller à la quête d’un titre qu’on ne risque pas de porter car le Covid-19 serait passé par-là.

Tenir cette session inaugurale reviendrait tout simplement à sacrifier les soi-disant députés, comme ce fut le cas des citoyens le 22 mars 2020 par l’organisation du double vote. Mais rien n’est plus étonnant chez nous tant on sait que les calculs politiques voudraient faire du Covid-19 une opportunité. Le choix revient aux dits députés de choisir entre un tissu tricolore et un unicolore qui risque d’être en blanc.

Bref, les futurs députés guinéens tant et si bien contestés devraient savoir s’ils veulent opter pour de probables corbillards au grand dam de leurs proches ou pour la vie.

En tout état de cause, on ne peut vouloir imposer un confinement aux Guinéens d’un côté et de l’autre, réunir de manière officielle des soi-disant représentants du peuple. Il est à rappeler que le processus de dé-confinement répond à un certain nombre de facteurs ou critères bien définis par les médecins, virologues et autres spécialistes.

Le Covid-19 un combat au-delà du jeu politique

Face à la pandémie du Covid-19, l’État guinéen doit se montrer plus entreprenant, plus responsable, plus décisif, plus transparent, plus intransigeant et moins indulgent. On peut dire, sans aucun parti pris, qu’il n’a pas encore pris la juste mesure. A-t-il au moins conscience des risques et des enjeux ?

Enfin, dans tous les États confrontés à la pandémie du Covid-19, les acteurs politiques de tout bord se sont donné la main. Par conséquent, l’opposition guinéenne ne devait pas confondre combattre Alpha Condé et son système et combattre le coronavirus. Et pour cause ?

Si la lutte contre le Covid-19 se gagnait sur les seules initiatives et actions du pouvoir en place, l’opposition guinéenne perdrait de ses plumes. Elle devrait donc, en dehors de tout jeu ou enjeu politique, trouver les voies et moyens de contribuer au combat contre le Covid-19 pour montrer que ses leaders ont la vaillance des hommes en guerre. Et la lutte contre la pandémie actuelle a tout d’une guerre.

Je souhaite que la Guinée dans son ensemble gagne cette guerre avec le moins de victimes possible. Amen.

Par Lamarana-Petty Diallo
Professeur Hors-Classe de Lettres-Histoire, France
lamaranapetty@yahoo.fr

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