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Afin que nul n’oublie : Boubacar Kanté

Rien, sauf peut-être le hasard, ne le  prédestinait à une carrière de reporter sportif. En effet, après avoir suivi des études d’interprétariat en Allemagne de l’Est, il retourne au pays (Guinée) dans les années 60 et est mis à la disposition du ministère de l’information. Il est affecté à la « voix de la révolution » (radio nationale guinéenne) où il sert à la section « sports et culture » avec les regrettés Pathé Diallo et Kabiné Kouyaté.
Homme de convictions, au franc-parler sans pareil, il se sent mal à l’aise dans un pays qui vibre au rythme de la révolution, avec son corollaire de complots réels ou supposés, de dénonciations calomnieuses, d’arrestations arbitraires et de procès expéditifs.
En 1973, il profite du premier festival panafricain de la jeunesse à Tunis, pour rallier la Côte d’Ivoire et s’y installer comme réfugié politique. En terre d’Eburnie, il travaille à Radio Côte d’Ivoire et les auditeurs découvrent un homme au style qui tranche avec celui de ses prédécesseurs. De la nomenclature des équipes (âge, poids, taille, débuts), à la description du terrain de jeu et de ses alentours, tout est passé au crible. En plus de cela, il a le don d’haranguer les fans et de donner l’envie de venir au stade à ceux qui sont restés à la maison. Le 07 février 1981, la radio panafricaine, Africa N°1, voit le jour. Boubacar Kanté y fait office de correspondant sportif permanent en Côte d’Ivoire. Les auditeurs sportifs découvrent ce « Mario Filho » des temps modernes, qui avait en plus le don de surnommer les principaux acteurs. C’est ainsi que N’Diaye Aboubacar se voit attribuer un autre prénom (celui de son père Sékou), pour avoir trois noms comme ses coéquipiers de l’attaque de l’ASEC, Youssouf Falikou Fofana et Kassy Kouadio Lucien. Il les appellera « le trio aux trois noms ». Youssouf Falikou Fofana devient « le diamant noir », Aka Kouamé Basile « le commando de Koumassi», Hobou Arsène « Chaka Zulu », Amadou Sakanogo « Barracuda ». Le Stade Houphouët Boigny ne déroge pas à la règle. Il prend le nom de « bonbonnière du Plateau », en référence à la bonbonnera (l’antre de Boca juniors). Après avoir donné le goût du micro à beaucoup d’Africains, dont les regrettés Demba Coulibaly, Gassimou Sylla et aussi Djibril Traoré, il abandonne les studios au début des années 90, pour se lancer dans les affaires.
Vers la fin des années 90, le président Lansana Conté de Guinée, lance un programme de rapatriement des cadres Guinéens de la diaspora. Dans le cadre de ce programme, il est nommé chef du bureau de presse de la présidence en Guinée, le 22 octobre 1997. Deux jours plus tard, soit le 24 octobre 1997 (veille de son retour définitif en Guinée), tard dans la nuit, il est défenestré par des inconnus à son domicile de la tour Sainte Anne Marie de Cocody, où il donnait un farewell dinner (dîner d’adieu).
Quelques jours plus tard, il est enterré dans son village de Dabola (Guinée). Depuis sa disparition, les mobiles de son assassinat ne sont pas connus, pire, aucune action n’est entreprise ni du côté ivoirien, ni du côté guinéen ou même de ses fans d’autres pays, afin que nul n’oublie cet homme qui, par ses expressions, savait donner du rythme à une rencontre monotone. Dors en paix Boubacar Kanté. «A Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ».
Par Mohamed Soumaré, Consultant sportif

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